Des petites mains qui permettent son fonctionnement au jour le jour au mélange hiérarchique service publique-entreprise privée qui organise et dirige le réseau, les acteurs de la Compagnie des Transports Strasbourgeois roulent souvent à l’abri des regards. Enfin, sauf par temps de grève, quand les contrôleurs montent dans la rame ou quand la direction a une grosse nouvelle à vous annoncer. En l’occurrence, la CTS avait 140 ans en 2017 elle et sort un livre qui retrace son histoire pour fêter ça.

On l’emprunte tous les jours. Parfois bondé, parfois vide, parfois en retard, parfois trop à l’heure, tout neuf ou un peu dégradé, on y trouve les travailleurs les plus matinaux comme les fêtards les plus tardifs, les SDF comme les cadres supérieurs, les écoliers comme les retraités. Il traverse la ville de long et en large, de la Robertsau au Neuhof, d’Hautepierre à Port du Rhin et même de nouveau jusqu’à Kehl depuis l’année dernière. Le tram nous amène où l’on veut (ou presque) sans distinction de qui nous sommes.

Du début de transport en hippomobile, jusqu’à la dernière génération de tram et de bus, l’histoire de l’une des plus vieilles et symboliques entreprises de Strasbourg reflète celle de la ville. C’est un angle qu’a pris Philippe Wendling, journaliste indépendant et auteur de « L’art du mouvement depuis 140 » pour diriger le texte de ce livre en partenariat avec la CTS pour son anniversaire (du 5 avril 1877 à aujourd’hui!).

Un livre d’entreprise, pas trop livre d’entreprise, mais un peu quand même?

Le livre est beau, avec beaucoup d’informations et de très belles images. Après plus d’un an de recherches et une « centaine de mètres d’archives » étudiées, l’ouvrage nous conduit à travers les époques. Les textes écrits par Mr.Wendling accompagnés des images d’archives sont mis en forme par un graphisme assez « pop » conçu par 3 étudiantes de la Haute Ecole des Arts du Rhin (HEAR) : So-Hyun Bae, Laurianne Delaville-De La Parra et Héloïse Gosse. « On était en concurrence avec quelques autres groupes d’étudiants de la HEAR. Un comité de la CTS nous a sélectionné. On a commencé en juillet dernier à vraiment travailler dessus. »

On trouve également des interventions (notamment la partie « Regards ») d’acteurs politiques autour du réseau CTS, anciens comme actuels: Roland Ries, Robert Herrmann, Alain Fontanel, Fabienne Keller, Jacques Bigot, Robert Grossmann, Catherine Trautmann… et quelques profils importants de la CTS. Heureusement, on ne s’arrête pas là, et l’Art prend sa place à travers le livre en musique (un CD d’un opéra inspiré du réseau CTS est fourni, c’est du lourd, n’en doutez pas), en décoration, en illustrations et même sous forme de nouvelle.

« Attention à la fermeture automatique des portes »

Page par page, on descend aux différentes stations de l’Histoire (en commençant par des archives de tickets dès la première page pour bien vous rappeler de valider avant de monter), en traversant les guerres, les changements sociétaux et technologiques, le changement de nationalité ou  encore de structure administrative et technique. A l’instar du jingle de la place de Broglie qui, aujourd’hui encore, se prononce soit « de Breuil » soit Broglie, des petites anecdotes parsèment le trajet de la lecture. Par exemple, pendant l’Occupation de nombreuses stations furent renommées. Le Saviez-vous ? La Place Broglie et sa station s’étaient sobrement faites renommées « Adolf Hitler Platz ». Plus joyeux, on apprend également que le célèbre écrivain Ernest Hemingway s’inspira de son voyage en tram en 1923 pour un article dans le Toronto Daily Star.

116,5 millions de voyageurs en 2016 et près de 428 000 voyageurs par jour.

L’auteur et les étudiantes de la HEAR s’étaient réunis avec le président et le directeur général de la CTS (Alain Fontanel et Jean-Philippe Lally) pour une conférence de présentation au public à la Librairie Kleber le 16 janvier dernier en fin d’après-midi.

Pour Mr.Wendling « quand on monte dans un tram ou un bus, on ignore souvent le travail des différents agents et l’histoire qu’il y a derrière cette entreprise qui représente finalement un peu notre histoire commune à tous. » De là, naît une volonté d’en savoir plus: « Mr.Lally cherchait des animations pour les 140 ans et avait un petite idée de livre. Il savait que j’en écrivais. On s’était déjà rencontré pour des reportages dans le passé. J’avais déjà l’envie d’écrire quelque chose sur la CTS donc ça tombait bien et il m’a ouvert leurs archives. Le plus dur, c’était de faire le tri ! »

De gauche à droite, le présentateur du débat, puis Philippe Wendling, Alain Fontanel et Jean-Philippe Lally

Mettre en lumière les agents de la CTS sans lesquels le réseau ne fonctionnerait pas

C’est un livre essentiellement axé sur l’entreprise en tant que telle et les hommes et les femmes qui l’on mis en mouvement. Vous n’y trouverez pas de guide historique sur l’évolution technique des bus et trams.

Alors, pourquoi à l’occasion de 140 ans et ne pas attendre les 150 ? « Dans deux ans, on doit renouveler la concession de la CTS » explique Alain Fontanel, président de la CTS, vice-président de l’Eurométropole et premier adjoint au maire.

En effet, la CTS c’est aussi l’implantation dans notre pays d’un nouveau mode de gestion des services publiques: « A partir de 1912, la CTS est une société d’économie mixte. Le maire de l’époque décide de racheter 51%. » relate Alain Fontanel. « Quand l’Alsace redevient française en 1918, la CTS devient la première entreprise d’économie mixte en France, parce que la loi française ne le permettait pas avant 1926. C’est le fruit de la loi allemande. » Le contrat avec la Ville se terminant dans quelques années (et les municipales arrivant à peu près en même temps?), il fallait bien honorer l’entreprise, bien qu’il n’y ait à priori pas trop de risques de voir la CTS sortir du cadre du service publique.

« Pour le court-terme, les extensions Robertsau et Koenigshoffen devraient fonctionner dès l’année prochaine, mais un de gros problèmes, c’est le croisement Homme de Fer. En période de pointe, les trams se croisent toutes les 28 secondes. Dès qu’il y a un problème, ça impacte tout le reste du réseau. A terme, on réfléchit à un contournement pour alléger le passage à cette station… pourquoi pas par l’avenue de Vosges? On voudrait aller aussi vers des bus électriques, des véhicules autonomes d’ici 10 ou 15 ans … » avance le président de la CTS.

C’est bien tout ça, mais le mieux (quand on peut), ça reste quand même le vélo. Pour ceux que ça intéresse vous pouvez vous procurer le livre dans la plupart des librairies strasbourgeoises.


L’Art Du Mouvement Depuis 140 ans de Philippe Wendling

Prix: 35€ en librairie pour l’ouvrage illustré de 232 pages

La Compagnie de Transports Strasbourgeois (CTS)

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