Ils sont partis d’une collection de centaines de moulages de statues antiques, qui dormaient dans les sous-sols du Palais Universitaire, pour en faire un musée. Je vous emmène à la découverte du Musée Adolf Michaelis, fruit d’une motivation sans faille des étudiants en Sciences Historiques de l’Université de Strasbourg. Rencontre avec Emma, l’actuelle présidente de l’association à l’initiative de ce projet.

L’histoire de la collection

Pendant des années, la seconde plus grande collection de moulages de plâtre de France (si vous voulez briller en société, on appelle cela une gypsothèque) se cachait dans les sous-sols du Palais Universitaire. Cette collection fut fondée en 1872 par Adolf Michaelis, le premier titulaire de la chaire dArchéologie classique de la Kaiser-Wilhelm-Universität. Ces moulages de statues antiques ne sont pas moins que de parfaites reproductions des statues originales exposées dans les plus grands musées d’Europe. Elles étaient alors un parfait support pédagogique tridimensionnel pour les cours de l’époque.

C’est entre 1940 et 1945, pour préserver cet héritage de la Seconde Guerre Mondiale, que les fameux moulages passèrent du premier étage du palais au rez-de-jardin, à l’abri des regards.

Durant les événements de mai 68, ils refirent surface pour être utilisés comme barricades par les étudiants. Beaucoup ont été détruits ou abimés. Aujourd’hui encore, on peut apercevoir des tags faits par les étudiants, ainsi que les marques indélébiles des dégâts causés par leur détournement. Après cette épisode de l’histoire, la collection tombe à nouveau dans l’oubli.

La genèse du musée : l’exposition Via la Grèce

Avoir des moulages taille réelle des plus grandes statues antiques est une aubaine pour tout étudiant en histoire de l’art et en archéologie. Ainsi, il arrivait qu’à de rares occasions « certains professeurs emmènent des étudiants voir les moulages à la lampe torche ». Entreposés dans les sous-sols, il fallait les enjamber les uns après les autres. C’était une véritable « forêt de moulages ! Il y en avait partout ».

C’est à l’occasion d’une de ces escapades que des étudiants interrogent leurs professeurs. « Tout part d’une question toute bête : d’où viennent ces moulages ? » Difficile de faire des études en sciences historiques sans être un curieux invétéré !

Cette question donne alors une idée à deux étudiants, Anatole Boule et Jonas Parétias : sortir les moulages de l’ombre et en faire une exposition. Le projet Via la Grèce voit alors le jour. Entre avril et mai 2014, les moulages des plus célèbres statues prennent place dans laula Marc Bloch, en plein coeur du Palais Universitaire. Via la Grèce fut une exposition particulièrement bien menée, qui doit son ingénieuse  scénographie aux étudiants de la HEAR (Haute École des Arts du Rhin).

Cette exposition éphémère cartonne et marque le début de l’aventure du Musée Adolf Michaelis. « Les étudiants ont eu un véritable coup de coeur pour cette collection », et ressentent très vite le besoin de réinscrire cette collection dans le paysage local de manière pérenne.

La création du musée : « Il faut sauver les statues »

En mars 2015, à peine un an après Via la Grèce, lAssociation des Amis du Musée Adolf Michaelis (l’AMAM) est créée : « C’est parti ! ». Pour mener le projet à bien, il faut faire des demandes de subventions et de bourses auprès du doyen du Palais Universitaire, de l’Université ou encore trouver des mécènes. En effet, réhabiliter les lieux est plus que nécessaire non seulement pour stocker les oeuvres dans un environnement sain, qui permettra leur conservation, mais surtout pour permettre l’accueil du public.

Au total, le budget de réhabilitation s’élève à 70 000 euros. Ce financement a été rendu possible grâce à :

  • L’Université de Strasbourg à hauteur de 60 000 euros
        15 000 euros d’Initiative dexcellence (Idex)
        35 000 euros de l’Université de Strasbourg
        10 000 euros de la Fondation de l’Université de Strasbourg

  • L’Association des amis du Musée Adolf Michaelis, pour 10 000 euros

Une fois les subventions trouvées, vient l’étape la plus délicate mais la plus essentielle : la réhabilitation des lieux et la mise aux normes des 184m2 de réserve. « Certains plâtres étaient comme de la pâte à modeler et ont explosé avec l’humidité. ». Il faut aménager les lieux afin de créer un endroit propice à la conservation des oeuvres. Du sol au plafond, on refait l’électricité, l’isolation et on contrôle le taux d’humidité des pièces.

Dans ce gros travail de réaménagement, les étudiants ont pu compter sur le soutien des musées de la ville et de son régisseur, Ludovic Chauwin, qui leur a délivré de précieux conseils. Il faut mettre en place un système de numérotation des oeuvres, apprendre à les restaurer et utiliser les bons matériaux pour les conserver. « Arriver à faire des réserves idéales », en somme. Aujourd’hui les réserves sont si bien réussies qu’elles font même des jaloux dans le monde muséal !

Jean-Yves Marc, professeur d’archéologie romaine à l’Université de Strasbourg, soutient le projet depuis ses débuts et devient le conservateur de la collection de moulages.

Bien que le musée ait ouvert ses portes, pas question pour les étudiants de l’association de se reposer sur leurs lauriers. Il faut encore réaliser un inventaire exhaustif des oeuvres. Pour vous donner une idée, sur les 900 moulages présents dans le musée (on en comptait 1700 à l’origine), seulement 260 sont répertoriés. La médiation culturelle fait également partie de leur quotidien.

Pour ce qui est de la communication, l’association continue de travailler en collaboration avec d’anciens étudiants de la HEAR, dont sont issus les graphistes de Terrains vagues. Ils sont aujourd’hui chargés de toute l’identité visuelle du musée, du logo aux flyers, en passant par les affiches.

L’an passé le Musée Adolf Michaelis a accueilli plus de 3300 visiteurs, et plus encore sont attendus cette année !

Pour les Journées Européennes du Patrimoine, le mot d’ordre du musée est « innovation, jeunesse et pédagogie » !

Cette année c’est sur le thème « Jeunesse et patrimoine » que les musées et autres bâtiments historiques, dont le Musée Adolf Michaelis, vous ouvriront leurs portes. Cette thématique en elle même est un parfait clin d’oeil au musée, car elle reflète tout autant le projet innovant de Michaelis de faire une collection de moulages, mais aussi la jeunesse de l’association et des bénévoles et leur désir d’attirer un public varié à travers des ateliers ludiques.

Sans réservation préalable, vous pourrez déambuler dans les couloirs du musée et profiter d’une visite historique d’une heure dispensée par un étudiant de l’association. L’occasion rêvée de parfaire votre culture sur les grandes périodes de la sculpture antique !

Une autre visite mettra, cette fois-ci, votre imagination à l’épreuve à travers une exposition sur le périple de deux adolescents, illustrée par des moulages des différentes périodes de leur vie. La promenade se base sur Les aventures d’Eschyle et Sappho, « une visite semi-historique, semi-imagée de deux personnages fictifs ». Vous pourrez apprendre « comment l’on vivait à Athènes au Vème siècle avant J.-C. quand on avait dix-sept ans ». Un propos qui permet d’« inventer une histoire pour raconter un propos vrai », et d’apprendre en s’amusant !

Pour les plus petits, il ne faut pas louper les trois mythes qui seront contés sur les épisodes de la vie de Persée, Thésée et Pâris. Des histoires rédigées par les étudiants eux-mêmes et qui prennent vie, cette fois-ci, dans un kamishibaï, un petit théâtre japonais (oui, oui) dans lequel défilent des planches en bois joliment illustrées. « Là, il s’agit d’une histoire complètement inventée : on est dans La Nuit au musée ! C’est l’histoire de Persée qui a perdu ses sandales (…) Après le conte, les enfants sont invités à se promener dans le musée pour les retrouver dans les moulages. ».

Pour les passionnés, des jeux de sociétés seront aussi proposés pour rester dans la thématique « apprendre en s’amusant ». On vous laisse dans le suspens, mais certains titres de jeux ont filtrés :

  • Qui est-ce ?

  • J’ai perdu mes bras !

  • Attributs Dieux/héros

    Tous vous attendent le samedi 16 et dimanche 17 de 14h à 18h !

La page Facebook de l’événement

La page Facebook du musée

Le site de l’association

Le programme des Journées Européennes du Patrimoine 

Photographie de couverture :
Mégane Liguori, responsable du pôle inventaire (à gauche)
Emma Chwalczynski, présidente de l’association (au centre)
Lila Gentilhomme, trésorière (à droite)

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