Certaines histoires sortent de l’ordinaire : c’est le cas de celle que va nous conter notre Alsacien du jour. Fabrice Bücher est un joyeux père de famille, un personnage atypique et souriant, à la bienveillance communicative et aux yeux malicieux. Bon vivant, amoureux des bonnes choses, des vieilles pierres et accessoirement de bière, je suis allé rencontrer ce passionné dans son village, Bernardswiller. J’ai pris la route pour découvrir ce qui se cache derrière ce personnage, pour mieux comprendre son projet et pour découvrir ce qui l’a poussé un jour à transformer sa maison du XVIè siècle en authentique brasserie artisanale.

Histoire et genèse du projet de la Brasserie BBB (Brasserie Bücher Bernardswiller)

A Bernardswiller les routes ne laissent pas aux voitures le luxe de se croiser : tout est là, des colombages jusqu’au clocher. Dans ce petit village de plus d’un millier d’âmes, on est très vite surpris par la taille de l’Église qui semble avoir été placée là par mégalomanie. La petite histoire raconte que, pour se démarquer de la ville d’Obernai, les bâtisseurs de Bernardswiller ont voulu montrer leurs muscles en bâtissant cette gigantesque Église.

J’entends un klaxon familier : c’est le son du camion d’un pâtissier ambulant. Pas de doute, lorsqu’on traverse ce village, on entre dans un autre temps. D’ailleurs, ici, il n’y a aucune affiche, aucune publicité, très peu de panneaux et les commerces sont très discrets. Je suis né dans un village mais celui-ci est différent. A Bernadswiller on aime apparemment l’authenticité, d’ailleurs les commerces qui ont pignon sur rue sont des ébénistes, des maçons ou des cordonniers.

Tout cet environnement me semble en cohérence avec l’idée de l’homme que je vais rencontrer.

Fabrice habite à Bernardswiller depuis plusieurs années. Habitué au travail manuel il ne lésine jamais, ni sur les horaires, ni sur la charge de travail qu’il s’est toujours imposé pour gâter sa famille dont il parle avec les yeux qui brillent. Fabrice est un bosseur, il a de la poigne et les mains d’un gars qui ne déconne pas. On sent qu’il sait dans quel sens on tient un marteau. Il a toujours bossé sans l’ouvrir, comme des milliers de personnes qui qualifient leur métier de « Job alimentaire ».

Souvent, les journées de travail se suivent et se ressemblent. Les gestes eux se répètent et le corps souffre, il se tord et les muscles se tendent, le travail devient éreintant et on se demande parfois à quoi tout cela va mener. Et un jour le corps te dit « hé mec fais un peu doucement« . Neuf fois sur dix on continue parce qu’on a de la volonté, de l’abnégation et de l’Humanité. Jusqu’au jour ou ton genoux craque, ton corps te dit alors : « Je t’avais prévenuuuuu » avec sa voix super énervante.

Pas besoin de vous faire un dessin, cette histoire de corps qui te dit stop c’est celle de Fabrice. Un jour, pas plus tard que l’an dernier, alors qu’il portait des charges lourdes pour un grand magasin (dont je dois taire le nom pour), il sentit que c’était le moment d’arrêter.

Bien évidemment, lorsqu’on passe des années au service d’une grande entreprise on apporte sa pierre à l’édifice, on contribue à l’effort collectif, on trime pour un groupe, on fait partie de l’équipe quoi ! Du moins c’est ce que Fabrice pensait. N’importe quel esprit normalement constitué se fait ce calcul savant :

J’ai travaillé pendant des années pour cette entreprise + j’ai donné de mon temps + j’ai trimé et usé mon corps + j’ai toujours fait mon travail correctement même si il était difficile + mon genoux est dans un sale état et ne me permet plus de travailler = C’est un accident de travail, je vais avoir des indemnités.

NOPE.

On sent venir de loin la bonne odeur de carotte, un doux parfum de tromperie et une brise de malhonnêteté. En effet pour ne pas payer d’indemnités, l’entreprise en question a bataillé juridiquement et re-qualifié le statut du travail de Fabrice en « Travail Administratif ».

Porter des charges lourdes avec des gants et des grosses shoes de chantier serait apparemment un travail ADMINISTRATIF. On ou aurait menti tout ce temps ? Non, c’est ce qu’on appelle communément de la malhonnêteté à but lucratif.

Le résultat ? vous le connaissez : Pas d’indemnités, une famille à nourrir, une bonne rage au ventre et le léger sentiment de s’être fait enfiler. Je vous passe les détails sur les batailles et les procédures mais l’histoire ne faisait que commencer.

Dans ces moments là, forcément on doute, on se dit que parfois il n’y a pas de justice et une seule phrase revient en boucle dans la tête.

Nous allons l’illustrer par l’image suivante :


Et finalement, comme à chaque fois dans ce genre d’histoire personne ne rendra l’argent à personne. Une autre phrase me vient alors en tête :

Mais c’était mal connaitre Fabrice Bücher. Au lieu de ruminer il décida de créer son propre projet. Une fois la pilule plus ou moins passée, la vie recommence et les habitudes aussi. La gentillesse et l’humanité te poussent parfois malgré toi à ne pas te venger. Ce fut le cas de Fabrice qui continua de faire ce qu’il aime, voir ses potes, se faire plaisir, partager du temps en musique avec ceux qu’il aime devant une bonne table en buvant une petite bière qu’il brasse lui même.

C’est sur ce dernier mot que l’on va s’arrêter. BIEEEEERE !

Fabrice Brassait sa propre bière depuis déjà quelques temps. Il aime travailler le Houblon et partager son produit qu’il distribue d’ailleurs à ses amis. Tout en donnant une attention toute particulière aux retours qu’ils pouvaient lui faire sur la texture, la force, la couleur ou encore le pouvoir sucrant de sa bière. C’est en recueillant les doléances de chaque personne à laquelle il tient, en observant les réactions de chacun que la bière qu’il produisait à Bernardswiller commença à faire pétiller ses papilles et surtout celles de ses proches de plus en plus demandeur.

Cuvée après cuvée l’expertise grandit, le produit fini est à la hauteur et va même au delà des attentes. Les levures fermantes dans de grandes bonbonne au cœur du salon familial  rythmant le calme du village à coups de « gloup, gloup ». Et comme souvent, c’est le regard bienveillant d’une personne qu’on aime qui nous pousse à comprendre qui on est à se rendre compte de quoi on est capable, en l’occurence sa femme :

Fabrice, ta bière est excellente, tu en fais souvent, tu prends plaisir à l’a faire et à partager ton savoir faire : 

Pourquoi tu ne te mets pas à ton compte ? 

J’imagine que cette phrase a du raisonner comme une douce musique aux oreilles de Fabrice. « C’est décidé, je vais créer ma propre brasserie artisanale » ou plutôt : Pu*%¨¨de bordel de m¨$$ mais oui tu as raison !

Le projet était lancé. Dans la tête de Fabrice c’est un enchainement de questions auxquelles il apporte une réponse presque immédiate. J’ai été surpris en discutant avec lui de la vitesse d’exécution de son projet, de la motivation apportée et de la capacité à se dire : Ca va le faire. En deux heures de discussion je n’ai ressenti aucun stress, aucune précipitation, aucun doute.

Je me retrouve donc à table avec Fabrice, dans son salon.

Bastien, un café ou une bière ? Allons-y pour une bière. Il était 10H00 du matin.

Je goute, j’écoute, la démarche et le projet de brasserie s’éclaircissent contrairement à mon cerveau qui se noie dans l’alcool et me rend gaga devant la personnalité si attachante de Fabrice en train de me raconter son projet.

Ou comptes tu lancer ton projet de Brasserie ?

  • Sous tes pieds, j’ai de la chance d’habiter dans une maison du XVI ème siècle, mon projet se fera au coeur des vieilles pierres de Bernardswiller. D’ailleurs ce qui donne un si bon goût à la bière ce sont les pierres et les enzymes présents dans l’air. Ici l’environnement est parfait, une brasserie artisanale qui donne directement sur la place de l’église, pourquoi le faire ailleurs ? Viens je te montre le sous sol.

C’est en descendant au sous-sol que j’ai compris l’ampleur du projet mais aussi toute son authenticité. Le moulin, les arches, les voutes, tout est d’époque et plonge le visiteur dans un autre monde, une époque qui a vu passer entre autre des petits gars du nom de Henri IV ou de François 1er, tu l’as sent là l’authenticité ? C’est à ce moment là que m’est venue ma deuxième questions qui est aussi stupide qu’elle en a l’air :

QUe…qwa, whaaat ? Mais comment ?

  • Avec de l’huile de coude, des copains, des soutiens et un Kisskissbankbank. Maintenant j’ai du temps pour me consacrer totalement à mon projet et il va me ressembler. J’ai toujours été soutenu parce que mon but est de partager, alors les gens veulent m’aider.

L’opération de crowdfunding durera 45 jours et permit à Fabrice de récolter 3000 € dans un premier temps, et comme le palier fut vite atteint, il en récolta 1230 de plus. Cette opération lui a permis de mettre le pied à l’étrier, d’acheter du matériel et surtout de lui donner encore plus de motivation pour donner le premier coup de pioche.

Aujourd’hui le projet est bien lancé, les artisans sont sur le coup, la bière est au repos et attend les prochains gouteurs, la motivation est inébranlable, les permis sont arrivés, il ne manque plus qu’à laisser passer le temps et à attendre la fin de l’été pour déguster. Ce projet et l’aboutissement d’une passion et surtout l’expression d’un savoir faire brassicole unique en Alsace. Cette Alsace, terre historique de bière, est la région de France qui produit le plus de ce liquide divin et concentre de loin les plus grandes cultures de Houblon de France. Les bières de Fabrice seront elles aussi totalement artisanales et réalisées à l’ancienne pour vous proposer 3 bières en gamme régulière (blonde,  triple, blanche épicée aux agrumes) et 4 bières spéciales en alternance (rousse, brune, pils au thé, saison aux houblons sauvages).

Un beau projet et surtout une belle rencontre !

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Brasserie Bücher Bernardswiller

6 Place de l’église

67210 Bernardswiller

Si c’est pas trop mignon…

4 COMMENTAIRES

    • Je ne peux qu’être d’accord avec Bescherelle (le com)… Un beau projet, une belle rencontre… et un article écrit avec les pieds. Vos sujets sont bons… pourquoi vous borner à écrire comme un collégien qui voudrait se la jouer cool ? Vous n’avez pas besoin de ça, vraiment 🙂

  1. Dommage pour Fabrice mais je n’ai pas lu l’article. L’intro super longue pour nous dire que le système est pourri plutôt que de parler de ce que produit Fabrice m’a rebuté. 14 paragraphes ! Et en plus bourrés de fautes tellement absurdes.
    Metion spécial à « on ou aurait menti ».

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