Une actrice porno peut-elle être autre chose qu’une victime ignorante abusée par une industrie malsaine ? Pire, se pourrait-il qu’elle ait opéré ce choix de son plein gré, et qu’elle ait apprécié chacun des instants qui ont suivi cette décision ? C’est la question que soulève le livre de Céline Tran. L’ex-pornstar, plus connue sous le nom de Katsuni, vient présenter ses mémoires à la librairie Kléber lundi prochain. Un récit sans aucun tabou et avec beaucoup d’humour dans lequel la comédienne ne s’excuse de rien… Et en fin de compte, de quoi devrait-elle s’excuser ?

« Ne dis pas que tu aimes ça. » Cette phrase, choisie par Céline Tran pour titrer son livre, c’est celle que lui a murmurée une attachée de presse il y a quelques années alors que l’actrice s’apprêtait à entrer sur un plateau télé. Cette phrase, elle cristallise l’hypocrisie du grand public consommateur de pornographie à merveille, ce grand public qui n’accepte que les récits de repentance, comme pour couvrir sa propre honte de spectateur et excuser sa participation à l’industrie controversée du X. « En général une actrice apparaît avec une excuse : oui mais j’ai arrêté, oui mais je fais ça qu’avec mon mec. Moi, je venais avec : oui mais ça me plaît. Et ce discours ne passe pas. » Pourtant, sa carrière passée, Céline Tran l’a choisie et l’a aimée aussi longtemps qu’elle a duré. Lorsqu’elle en parle, elle évoque tour à tour l’émancipation et la liberté. Tout ce qu’on peut espérer trouver dans un travail, en somme… Alors, pourquoi pas celui-là ? « On me demande souvent comment j’ai pu faire de tels choix, comment j’ai pu y prendre du plaisir. Pour la bonne morale, il aurait été plus acceptable de subir. » N’en déplaise à l’opinion, ce n’est pas l’histoire de Katsuni.

Working girl

L’histoire de Katsuni, c’est celle d’une fille de 20 ans qui ne se sent pas femme malgré la majorité. D’une gamine à lunettes discrète étudiante en sciences politiques puis en lettres, qui se surprend à être fascinée par une gogo-danseuse en boîte de nuit. Face à elle, elle se questionne : « Je veux comprendre comment elle fait pour être libre avec elle-même face aux autres. » La fille réalise qu’elle envie la femme, pas d’être en string sur un podium mais de s’autoriser à le faire devant une audience en choisissant les termes dans lesquels elle s’exhibe, et joue. Étudiante le jour, Céline Tran devient strip-teaseuse la nuit. C’est dans ce contexte qu’elle est approchée par un photographe du magazine Penthouse, et se voit proposer son premier rôle comme actrice porno, ce qu’elle perçoit comme une aventure excitante et un défi personnel. Séduite par l’expérience, elle décide de la renouveler, et débute la carrière qu’on lui connaît, composée de 400 films internationaux en 13 ans. Expatriée aux États-Unis, la pornstar la plus récompensée au monde raccroche en 2013 en déclarant avoir apprécié son voyage dans ce milieu mais ne plus se sentir inspirée : elle arrête pour la même raison qu’elle a commencé, le plaisir de faire ce qu’il lui plaît, de ce corps qu’elle a choisi de partager et qu’elle décide désormais de se réapproprier.

T’ar ta gueule à la récré.

Depuis, l’ex-pornstar n’a pas chômée. Katsuni cède sa place à Céline Tran, actrice aux débuts remarqués dans la websérie à succès Le Visiteur du Futur et le programme court Le Dézapping du Before, scénariste de bandes-dessinées, artiste-performeuse exposée, vidéaste-sport sur Youtube et auteure de blogs lifestyle entre billets culturels et conseils sexo… Mais aussi de ce livre donc, Ne dis pas que tu aimes ça. Loin de faire l’apologie de l’industrie du X dont elle reconnaît les aspects négatifs, allant de la souffrance physique à l’addiction psychique, Céline Tran veut simplement faire connaître la réalité de son expérience à elle : une exploration corporelle volontaire qui l’a libérée.


De Katsuni à Céline Tran
Lundi 16 avril de 17:00 à 18:30 @ Salle blanche, Librairie Kléber
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