Alors que le froid fait rage, que la neige tombe à flots et que le thermomètre ne dépasse pas le zéro, j’ai décidé d’emmerder l’hiver et d’aller rejoindre les cocotiers. Coquillages et crustacés, direction l’île Bourbon. 

Pour ne pas trop être dépaysé, c’est avec une Fischer Tradition (effet peï comme ils disent par là-bas. Et oui mes chers alsaciens, dans la vie, il n’y a pas que Schilik. Les créoles ont eux aussi leur Fischer, brassé à Saint-Louis) que j’ai trinquée à la santé de mon premier coucher de soleil, les pieds dans le sable et les cheveux au vent. #OKLM

À peu de choses près (le soleil, l’océan, les noix de coco et les cocotiers), l’Alsace et la Réunion sont des copies conformes ! (Si, si je vous assure !). En mode Fischer, géranium et bouchon.
Et pourtant, certains Alsaciens ont décidé de s’exiler sur cette île perdue en plein milieu de l’océan indien. Comme je n’ai compris quels motifs les ont motivé à partir, je me suis forcée à y aller pour les rencontrer.

Ici pas de pression, beaucoup de sensation. On coupe vite la télé pour crapahuter sur le piton d’à côté ou faire du PMT (palme-masque-tuba mon gars). En même temps vu le temps qu’il fait, on n’a pas trop envie de s’enfermer pour regarder les anges de la télé-réalité. Les débats politiques restent discrets, on préfère se questionner sur le programme de la journée. La vie coule, les gens roucoulent.

Seul Freedom grésille sur les postes radio des autos. Une radio locale improbable sur laquelle tout est permis. Si tu vois un accident sur l’autoroute c’est Freedom que t’appelles en premier avant même de contacter les urgences. Si t’as plus de croquettes pour ton petit matou un dimanche où tout est fermé, il te suffit de les appeler. Avec un peu de chance, une âme charitable viendra te dépanner.

Les paysages à perte de vue sont à couper le souffle. « Les 4 éléments ici ne sont définitivement pas séparés : la terre, l’eau, le feu et l’air continuent à s’y combattre rageusement » (Roger Vaillant, la Réunion – Les Exotiques). En deux heures top chrono, tu passes d’un lagon où tu vois des petits poissons à un piton enneigé. Entre océan et montagnes, mon coeur balance. Et là il balance sévère.

#NOFILTRE

À Strasbourg quand tu sors du boulot, tu rejoins tes potos sur la terrasse de l’Atlantico pour être au bord de l’eau. À la Réunion, t’hésites entre piquer une tête dans le lagon et faire une partie de beach (ou téma les beacheurs, au choix).

À Strasbourg, quand t’as une journée de congés, en général, tu la passes à décuver de la cuite de la veille, la tête dans le cuvette. À la Réunion, c’est à peu de choses près pareil. Sauf que tu vas le faire au grand air, à bord d’un petit bateau avec tes copains les dauphins.

Le matin au petit déjeuner, c’est smoothie de mangues fraîchement pressées. Ou quelques litchis tout juste cueillis. Le midi, c’est rougail et carry. Ou bien si t’es courageux et que t’as envie de suinter du gras tout l’après-midi, tu peux commander un américain bouchons gratiné.
Du pain, des bouchons (des boulettes de viande enroulées d’une pâte façon ravioli), des frites et du fromage râpé. 10 000 Kcal au bas-mots, histoire de bien couler après.

Le soir, après une dure journée de labeur (ou pas), c’est RDV à la playa. On décapsule une Dodo (lé la) ou une Fisher Tradition. On s’installe face à l’infini, et bim, sunset. Easy.

Et quand la nuit est installée, faites place à la folie. Le rhum arrangé coule à flot. Ananas, faham, Ti Jaques ou encore coco, le choix est vaste, mais le résultat est le même. Tu finis quelques heures après complètement barjot, bougeant ton boule sur les beats créoles en te prenant pour J-lo.

Vous l’aurez bien compris, à la Réunion, c’est l’ennui.

Comme j’ai eu le temps long et que j’avais le mal du pays, je me suis dit : « Tiens, et si je rencontrais des strasbourgeois ? ». Un post sur un groupe Facebook et quelques messages après, me voilà dans un bar à rencontrer 6 expats.

Il y avait Laetitia, Pauline, Alex, Pauline, Robin et Maxime. Tous travaillent dans le secteur médical ou paramédical, comme la plupart des expats à la Run. On retrouve aussi quelques fonctionnaires, des professionnels du social ou bien des fervents adeptes de Polo (et il a le bras long Polo hein).
Ils ont plus ou moins fraichement débarqué, entre un mois et une année. Les expats restent en général quelques mois, d’autres plusieurs années et certains ne rentreront jamais.

Oui car partir, voyager, c’est tendance.

Entre les PVT et les Working Holidays, de plus en plus de personnes de notre génération quittent la métropole pour découvrir de nouveaux horizons. Les raisons sont multiples : l’envie de voir du pays, d’apprendre une langue étrangère, de sortir de sa zone de confort, de se confronter au monde, au vrai, de prouver à ses parents qu’on est AU-TO-NOMES et qu’on sait laver ses slips TOUT SEUL. 

Qui de nous n’a pas dans son entourage au moins 1 ou 2 potos présentement à l’étranger ? On lit souvent des articles sur « LA GÉNÉRATION Y » qui se cherche, mais qui se trouve pas vraiment. Du coup on se dit qu’en partant, on se retrouvera peut-être. On trouvera des réponses à nos questions, on redonnera un sens à sa vie. Une fuite ? Un peu aussi.

Rencontre

► Quels ont été les motifs de vos départs ? 

P : Je venais de finir mes études, j’allais me lancer dans la vie pro et je n’avais pas beaucoup eu l’occasion de voyager. Du coup je me suis dit que ça me ferait du bien de voir du pays. Et puis quand tu pars quelque part pour t’installer, tu ne le fais ni pour ta famille, ni pour les autres, mais pour toi. Ça te permet de déconnecter de ton cocon, de sortir de ta zone de confort pour te retrouver un peu toi-même.

A : Pour ma part, je suis principalement parti dans le but de changer de décor, pour la beauté des paysages mais surtout pour pouvoir me couper de l’actu, des infos.
Depuis quelques temps, je trouve qu’il règne une ambiance anxiogène en France, amplifiée par la série d’attentats, les présidentielles et plein d’autres choses. On est pris dans un tourbillon. C’est difficile de se construire dans un environnement comme celui-ci.

L : J’avais besoin de changer d’air, de bouger, de voyager. À la Réunion, il n’y a pas le même climat, au sens propre comme figuré. Tu es coupé de l’actu ici, mais quand même tenu à tes obligations de citoyen.
Et puis en tant que « Z’oreille », je n’ai jamais ressenti une once de racisme. Je suis lorraine d’origine, et j’ai l’impression d’être plus étrangère en Alsace qu’ici.

P : Je crois que ça fait depuis les élections américaines que je n’ai pas regardé les infos. Et je dois dire que je m’en porte très bien. Bien entendu, je sais par mon entourage ou via les réseaux sociaux et les médias quand il se passe quelque chose d’important. Mais ça ne me touche pas de la même manière, c’est certain.

P : On ne se sent pas directement atteint ici. On ressent moins ce sentiment de peur. Bien entendu, on est touché lorsqu’il y a des évènements qui se passent en métropole ou dans le reste du monde, mais on est loin géographiquement parlant.

 » Loin des yeux, loin du coeur ?  » 

► Comment vous sentez-vous intégrés à la vie de l’île ?

P : Je travaille dans une fondation médico-sociale à Saint-Pierre. Je suis quotidiennement avec des créoles. Ça se passe super bien. Mais plus le temps passe et plus je me rends compte qu’il y a des petites rivalités qui se créent. J’entends des fois des réflexions de leur part. Rien de bien méchant hein. C’est juste que les mentalités sont différentes des nôtres, par rapport à nos façons de voir les choses, de vivre, aux loisirs, à la place de la famille. On vit ensemble et on est bien. Mais on ne sera jamais créole pour autant.

M : Il y a forcément une barrière à cause du dialecte. La dernière fois, j’étais dans les hauteurs et un grand gaillard roux, m’a demandé « ou bois café ? » (« ou » veut dire « tu » en créole). Je n’ai rien compris au début. Je pensais que c’était aussi un expat et qu’il se foutait de moi, mais en fait c’était un créole pure souche. Et pourtant, ses potes à l’école l’appelaient « l’allemand »…

R : Les créoles sont des personnes d’une extrême gentillesse, ils sont très accueillants. Je me suis fait inviter le soir de Noël par la famille d’un patient. Ils ont une notion de partage qu’on n’a pas en métropole. Même s’ils ne te connaissent pas, ils sont prêts à t’inviter et ils te recevront comme un roi.
Tous les jours, tu peux voir sur les plages, des barbecues et des repas en famille avec des dizaines de personnes. Ils cuisent le « carry » au feu de bois et squattent pendant des heures. Toutes les générations sont réunies ensemble. L’esprit de famille est très présent.

L : Nous du coup, comme on n’a pas notre famille ici, ce sont les amis qui prennent le relais. On est tous une grande famille. Entre « Z’Oreilles » il y a une vraie notion d’entraide. N’importe quand, n’importe où. Pour des choses de la vie courante comme pour des galères plus importantes. Si tu veux aller randonner par exemple et que tu n’as pas de chaussures ou de tentes, tu auras toujours un voisin pour te dépanner. On a les mêmes objectifs, les mêmes valeurs et donc les mêmes forces. Ça rassemble.

►  Ça zouke un peu par ici ?

A : Pour sortir ici ce n’est pas trop la joie… Il y a 2/3 bars sympas à Saint Pierre, comme le Toit ou encore Les Sales Gosses. Il y a le Duplex aussi, qui est à peu de choses près équivalent au Seven à Stras (woop woop). Ils passent de la musique commerciale ou du « coupé décallé ». Avec 2 g dans chaque bras ça passe généralement.

L : C’est sur que la vie nocturne n’est pas aussi riche qu’à Strasbourg. On suit à distance ce qu’il s’y passe et j’ai l’impression qu’il y a de plus en plus d’endroits qui ouvrent là-bas. La dynamique est totalement différente, ça a l’air d’évoluer très rapidement ces derniers temps. Et puis il y a une proximité qu’il n’y a pas à la Réunion…

P : Ici on peut faire 45 minutes pour aller à une soirée (ex : le Chokableu à St-Gilles). Ça nous semble normal. Surtout que ce ne sont que des petites routes. À Strasbourg, c’était une chose qu’on ne faisait quasiment pas. On a une autre vision de la route, des trajectoires. Du coup il y a un nombre hallucinant de permis retirés chaque week-end. Tout le monde prend la route bourré.

R : C’est vrai que les endroits où faire la fête sont assez restreints. Par contre il y a des sound system en plein coeur des cirques ou dans des gîtes. On doit marcher quelques heures pour y aller. On se retrouve à une vingtaine, des fois beaucoup plus. On picole du rhum, on danse, on profite. Et le lendemain on se fait le trajet encore saoul, c’est vraiment drôle. On n’a pas besoin de sites ou d’évènements Facebook, tout se fait au bouche-à-oreille.

► Si tu devais donner un mot pour qualifier ce que t’évoque la vie ici, lequel serait-il ?

A : Bulle d’air.

R : Nonchalance

P : La nature, les paysages.

P : Le soleil.

► Est-ce que ce n’est pas une sorte de fuite que de venir à la Réunion ?

L : Oui, on vit clairement dans une bulle. Mais on sait que c’est éphémère. Enfin, ça dépend pour qui…

P : La plupart des relations qu’on se crée ici, c’est sur du court terme. Il y a tellement de va-et-vient, de personnes de passage. On ne peut pas avoir le même rapport avec les gens. Mais ce n’est pas pour autant que les relations sont plus superficielles. Au contraire, tu vis à 200 à l’heure. Du coup tu profites de chaque instant avec les gens qui t’entourent. Après sur le long terme, c’est des fois épuisant.

► À l’heure actuelle, pensez-vous vous installer ici ?

A : C’est fou parce qu’on est tous d’accord sur un point. On a beau être bien ici, on ne se sentira jamais chez nous. Et puis, j’ai un sentiment d’appartenance à l’Alsace qui est vraiment particulier. Même si j’ai envie de bouger, je sais que j’aurais envie d’y revenir à un moment donné.

P : C’est là que l’expression « Partir pour mieux revenir » prend tout son sens. Après il y a beaucoup de choses qui vont me manquer quand je serai rentrée. Par exemple les 34°C qu’on a actuellement, cette nature à 360°.

L : Je ne sais pas encore si je me vois rester ici. En attendant, il me reste des milliers de choses à découvrir, sur l’île mais aussi aux alentours. On a la chance d’être très proche de Madagascar, des Seychelles, de Mayotte, de l’Afrique du Sud. C’est marrant parce que quasiment tout le monde repousse au moins une fois son billet retour…

Et j’ai bien compris pourquoi. C’est vrai que sur l’île Bourbon, c’est la dolce vita.

La vie est douce, les gens sont sympas. Il fait beau et chaud. On peut faire des activités en veux-tu, en voilà. Mais bon, j’ai décidé de rentrer, parce que Strasbourg mon amour et Pokaa me manquaient (fayote. Même si c’est un peu vrai).

Et vous, vous avez déjà sauté le pas ? Pourquoi ? Quelles ont été vos motivations à partir ? À revenir ? Quelles sont les conclusions que vous avez pu tirer de ces expériences ? 

Bon dimanche soir les bouchons gratinés ! 

 

7 COMMENTAIRES

  1. J’ai vécue presque 11 ans là bas et je suis Alsacien. Je vois surtout des témoignages récent mais pour ce rendre compte des choses il aurait mieux fallut interviewé des personnes qui sont là depuis un peut plus longtemps. 😉

    • Tout à fait d’accord avec toi! j’ai vécu la moitié de ma vie à La Réunion et j’y retourne tous les ans pour voir mes parents (d’ailleurs j’y suis actuellement, hehehe) – là je suis entrain de faire les démarches pour revenir m’installer ici et j’ai vraiment hâte de pouvoir concrétiser tout ça! Bien sûr que c’est différent, sous de nombreux aspects en fait, mais je m’imagine tout à fait y rester <3

  2. c clair ! mois jai quitté strasbourg en 2001 et les témoignages que je viens de lire sont a un milliard de kms de mon expérience.
    les personnes interrogées sont comme des sauterelles passant d’un lieu a un autre…
    on a manifestement pas la meme vision de la reunion qui heureusement ne se resume pas a retrouver la meme ambiance qua strasbourg. En l’occurence venir ici pour aller au chockas de la saline ou se mettre la tete a l’envers au rhum. quel interet ??
    la reunion est avant tout une culture a damier longue a comprendre, a decouvrir, un melange subtil des ses apports successif malgaches, indien, africains, anglais, francais, chinois et meme hollandais ! on ne decouvre pas une culture en 6 mois en restant entre francais de passage…
    heureusement que les zoreils ne representent que 8% de la polulation !
    venez decouvrir !

  3. Tout a fait d’accord avec thierix !
    Je tombe par hasard sur ce blog et l’article m’interpelle car ´´expat´´ à la réunion qd on est alsaciens, lorrains, franciliens, bretons, … je tique voyez-vous! Excusez moi mais la Réunion c’est la France…même patrie…
    Bref, ces ´´expats’´ n’ont pas encore compris le centième de ce que cette ile vaut… J’espere qu’ils le comprendront un jour…
    Bonnes vacances!:-)

  4. Oui c’est sa. La réunion n’est pas l’île du « farniente ». Il y a autre chaise à fair quand ont vie quelque par que de rester dans une « bulle ». Pour moi c’est une preuve de fermeture sur une îles ouverte aux cultures de l’océan Indien. Comme les chinois,Indien,malgache,africain,Thaï des fois etc. Après les témoignages ne sont pas mauvais loins de la mais non représentatif selon moi sauf si ce n’est d’une population zoreilles qui passe sont temp à saint Gilles ou dans les boîtes de nuits. Donc bon des expatriés okay mais je trouve que sa ressembles plus à des vacances prolongées avec retour planifier.

  5. Sympa ce dossier, par contre il en a oublié un le journaliste et important, mon beau frère alsacien…. Directeur commercial depuis plus de 20 ans à la brasserie Sorebra qui fabrique la Fischer à la réunion

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