Aujourd’hui, on vous parle consommation solidaire ! On entend partout parler des problèmes de nos supermarchés : gaspillage, produits qui font le tour de la planète avant d’arriver chez nous, OGMs, ingrédients dangereux pour la santé,… Difficile à ignorer.

Vous ne voulez pas pour autant dépenser votre argent dans des produits mieux étiquetés ?

Une des alternatives possibles est un concept introduit en France, et diffusé dans le monde par deux Alsaciens.

Le principe de l’association est simple : planter des fruits et des légumes dans les espaces publiques, au cœur de son quartier, et les mettre à disposition gratuite de tous. On cultive soi même, avec d’autres personnes motivées, et on partage.
Le but : refuser de prendre part au système d’agriculture intensive actuel et à ses dégâts,  faire un grand pas vers l’autonomie alimentaire, et se montrer solidaire. Le tout en apprenant et en échangeant ses savoirs avec d’autres dans une bonne ambiance.

L’association s’appelle les Incroyables Comestibles, vous en avez sûrement déjà entendu parler, et je suis allée interroger son co-fondateur Michel Herbillon pour mieux vous la présenter.

C’est un travail de veille sur la question de la sécurité alimentaire qui mène Jean Michel Herbillon et François Rouillav en Angleterre en 2011. Ils sont alors consultants auprès des politiques publics de Strasbourg. Lors de leur voyage, ils découvrent la ville de Todmorden, au nord de Manchester, où s’anime le mouvement Incredible Edibles et sont séduits par l’expérience. Une nouvelle façon de consommer, gratuite et solidaire. Consciente. Vers l’auto indépendance alimentaire locale.

incroyables comestibles - Pokaa

De retour en France, les deux amis implantent le concept. D’abord en Alsace, il se propage ensuite dans tout le pays, puis autour du monde.

« Qu’est ce qui vous a motivés à développer l’expérience ?

Nous avons vu le projet comme un très bon moyen de mobiliser les gens pour les diriger vers un autre modèle de société. Aujourd’hui, on mange des produits qui nous viennent de l’autre bout de la planète. Avec le concept des incroyables comestibles, les gens sont plus conscients de ce qu’ils mangent. On arrive à se nourrir localement. C’est une alimentation plus saine et c’est bon pour la planète. »

Plus d’excuse, fini la malbouffe et bonjour la consommation raisonnée. L’initiative a de quoi séduire.

Que ce soit dans des quartiers ou bien dans des écoles, des restos du cœur, des conseils municipaux, des centres d’accueil, les jardins trouvent leur place n’importe où. L’association des Incroyables Comestibles fonctionne à travers les initiatives de chacun. Aujourd’hui implantée dans 400 communes et 25 pays autour du monde, son développement ne s’arrête pas.

Pourtant, c’est avec peu de moyens que sont partis les fondateurs des Incroyables Comestibles pour faire quelque chose de ce projet.

« Comment avez vous mis en place le projet concrètement ? Avec quels moyens ?

Nous avons d’abord voulu démarrer l’action dans notre village et en faire un « village modèle ». On a réuni des amis, on leur a présenté le projet Incredible Edibles. On est allés voir les élus  à la mairie, on est allés à la maison de retraite, à l’école… ça n’a pas marché du tout. C’était le premier mouvement : une expérience « d’aller vers ».

On s’est aperçu que lorsque l’on va vers les gens pour leur apporter une idée, ça ne marche pas. Il faut les faire venir.

On a donc changé le braqué pour faire venir les gens à nous. On a alors commencé à faire des plantations devant chez nous. Puis on a contacté les 26 centrales de presse régionales françaises pour une conférence de presse sur le mouvement anglais. A partir de là, 3 journaux ont répondu, dont L’Alsace, qui a fait un reportage chez nous. Suite à ces articles là, des gens ont commencé à en entendre parler et ont commencé dans leurs villages. On a fait un gros travail pour aller sur tous les réseaux, les forums, les agendas 21, … Le but était de trouver des gens intéressés par ce genre de projets alternatifs et de leur en parler. Leur dire que ça a été commencé en Alsace. On a créé des dizaines de lieux pour relayer l’expérience. La méthode était de se prendre en photo devant la pancarte de la ville pour dire qu’on voulait essayer l’expérience chez soit. On a été relayés sur des  blogs, et de plus en plus en ont entendu parler. Comme on en parlait, ça a attiré plus de presse régionale, puis plus de presse nationale, la télé, les magasines, la radio etc. »

Jean Michel Herbillon et François Rouillav  ont commencé à construire Incroyables Comestibles en novembre 2012. En juin, le premier village commençait de sa propre initiative et sans tarder, d’autres villes et régions suivirent.

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Leur travail est aujourd’hui largement reconnu. Des initiatives privées font vivre l’association au travers la planète. Le World Watch Institute la cite comme « projet exemplaire pour les enfants ». Elle a participé aux Journées de la Terre à l’Unesco. Elle a été expérimentée par le programme des Nations Unies Pour le Développement (PNUD).

La chaîne franco-allemande Arte a également sélectionné les Incroyables Comestibles comme programme européen citoyen en réponse concrète à la crise.

Une motivation qui a su porter ses fruits, donc.

« Pensez vous qu’il est facile de lancer un concept comme vous avez fait ou vous avez simplement eu de la chance ?

– Si tu regardes une salade, tu peux lui parler pour lui demander de pousser plus vite. Mais une chose est sûre, quand le printemps arrive la nature éclot. Quoi que tu aies fait.

Les temps sont durs pour venir avec des idées nouvelles qui sont pile poil dans l’air du temps. Si un concept devient un phénomène de société, c’est que les temps s’y prêtent.

Aujourd’hui un nouveau modèle de société est nécessaire. »

– Qu’est ce qui doit changer dans la société actuelle ?

– Les entreprises sont malades, elles ont perdu le lien avec la nature mère nourricière, tout est industrialisé. D’après un sondage de l’ASEF auprès des enfants de 8 à 12 ans, un sur trois ne sait pas reconnaître un poireau ou une courgette. 

Quelques fois la nourriture fait des milliers de kilomètres pour arriver dans l’assiette.

Elle est souvent produite avec des hormones de croissance, des OGMs,… 

Un paysan n’a pas le droit de réensemencer une partie de sa propre récolte. Ça veut dire qu’il est obligé d’acheter ses graines. Elles sont ainsi privatisées. 95% de la semence végétale dans le monde est sous copyright, notamment par Monsanto.

100% des semences animales sont aujourd’hui privées, sous le contrôle. Un agriculteur n’a pas le droit d’organiser des saillies par son bétail.

Bientôt ce sera le tour de la semence humaine ? A un moment ça ne devient pas un peu ringard de produire soi même ses enfants quand on pourrait choisir la couleur des cheveux ? »

Pour information : les OGMs de Monsanto, en rendant non renouvelables les semences et en forçant les paysans à l’utilisation de pesticides couteux, les plongent dans la misère et sont ainsi responsables d’un quart de million de suicides par an chez les paysans indiens. Entre autres. Pendant ce temps, son monopole de la semence lui rapporte un bénéfice grandissant (2,74 milliards de dollars aux derniers comptes).

Les paysans sont privés de liberté, ils deviennent dépendants des multinationales. Leurs sols sont détruits. Tout ça pour que leur production serve principalement à nourrir le bétail occidental. Parallèlement, 805 millions de personnes sont sous alimentées dans le monde.

C’est une problématique qu’il urge de résoudre. Le mouvement Incroyables Comestibles apporte des réponses.

« Le but est d’inviter les gens à planter partout où c’est possible, même dans les pays arides. Il existe des techniques de culture avec lesquelles on obtient des rendements géniaux même dans des conditions arides. On arrive à reconstituer un bon sol avec des techniques 100% naturelles. Il faut réapprendre aux gens qu’il est possible de produire dans de bonnes conditions, on les autonomise et on les rend souverains. L’abondance est un état naturel mais on s’en est coupés. Elle est le fruit du partage.  »

Les fondateurs de l’association travaillent en ce moment à rédiger une charte mondiale des Incroyables Comestibles, en établissant clairement un lien entre l’association et la semence libre, fertile et reproductible. Ils tentent de promouvoir des techniques telles que l’Agroforesterie,  la permaculture, l’agroécologie, et la biodynamie. Leur Charte sera traduite dans toutes les langues. Le but est que le développement du concept soit accessible à tous au travers la planète.

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A Strasbourg, la cause est également portée. L’université a pour projet de lancer l’association sur le campus.

« A Strasbourg il y a une possibilité, une force citoyenne. »  On y trouve des jardins solidaires mais l’association y manque encore de dynamisme.

Le principe est de faire des actions qui peuvent mobiliser les gens. Il est important qu’il y ait des structures qui la portent. Car si les fondateurs des Incroyables Comestibles gèrent l’international, ils ne viennent qu’en soutient et en renfort sur le local.

L’idée est donc de mettre en place une dynamique portée par les étudiants à l’université.

N’importe qui peut mobiliser d’autres pour relancer le concept à Strasbourg.

Il faudrait que les actions démarrent dans les quartiers défavorisés, pour lutter contre la précarité alimentaire. Le but est de voir les gens se prendre en main avec le concept. Que les plantations soient partagées dans les quartiers. Il faut sensibiliser les habitants, le Colibri agit déjà à ce niveau.

On a besoin surtout de transmetteurs et d’apporteurs de connaissances pour rendre le concept le plus concret et le plus accessible à tous possible.

Les Incroyables Comestibles ne tarissent pas de projets. Ils sont en train d’éditer un livre en France, bientôt prêt. Ils comptent déposer le label « villes et villages comestibles de France ». On les verra bientôt dans le film « En quête de sens » (dont le réalisateur va préfacer leur livre). A voir absolument.

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La méthode pour participer à l’association en 5 étapes simples :

C’est par ici !

Leur page Facebook :

C’est par là !

 Leur dernier passage sur TF1 au JT du 16 octobre 2014 :

Juste ici !

Photographies : Pauline Ruhlmann

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Pauline
Curieuse, touche-à-tout et fan de musique punk.

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