Qui n’a jamais eu envie de tout laisser tomber, son job, son appartement, sa routine ? De prendre son sac et de partir voyager ? J’y ai pensé souvent, sans jamais le faire, jusqu’au 6 novembre 2017 où j’ai pris mon ticket aller pour Bangkok, sans date de retour.

Je m’appelle Emma, j’ai 27 ans et je rêve depuis l’âge de dix ans de voyager autour du monde. J’étais plutôt douée dans les études mais assise dans mes salles de classe j’avais pour seule envie de m’évader. J’ai voyagé un peu, le temps de vacances à droite à gauche, jusqu’au jour où j’ai tout largué pour partir en Asie. Après Bangkok, Koh Tao, Krabi et Koh Phi Phi, me voilà à Koh Lanta pour quelques jours. Feedback sur mes premières impressions.

La vie Sabaï Sabaï

Cela fait maintenant un mois que je suis partie et ma vie est totalement différente que celle que je menais à Strasbourg. Ici la philosophie de vie c’est « Sabaï Sabaï », ça veut dire « Relax, souris, restes cool et surtout vis ». A Strasbourg, au travail, je ne comprenais pas les gens qui s’énervaient pour rien, j’ai tendance à rester calme en toute circonstances, à la cool, donc disons qu’ici j’ai trouvé exactement ce que je cherchais. Je passe ma vie pieds nus, le nez en l’air à regarder toute la nouveauté que le monde m’offre. J’en prend plein la vue, tous mes sens sont en éveil, je suis comme une enfant de cinq ans. Chaque jour regorge de ses découvertes, de ses rencontres, je ne me suis jamais sentie aussi libre.

Point de vue à Koh Phi Phi

Les gens sont adorables, souriants, accueillants, d’un calme olympien et surtout ils dégagent une sorte d’énergie positive incroyable. En Thaïlande, j’ai déjà vu mille choses, et j’ai appris à ne plus m’étonner de rien, à voir des trucs totalement improbables et à me dire « ok, c’est cool ». Déjà ici, lorsque je prends un bus longue durée pour aller d’un point A à un point B, souvent je me retrouve larguée au milieu de nul part en pleine nuit. La seule chose à faire c’est attendre, qu’un autre bus ou un bateau vienne nous chercher. Parfois j’ai l’impression que le chauffeur fait des stops chez toute sa famille, allez, un petit arrêt au resto du cousin comme ça tous les passagers vont acheter à boire ou à manger puis trois heures plus tard on redécolle. C’est drôle, je finis par dormir partout, dans de vieux entrepôts, sur des bancs, par terre pendant tout ces temps d’attente.

Dans les guesthouses où j’ai été ça m’est arrivé régulièrement de débarquer, et que d’autres backpackers me disent : « L’hôte n’est pas là mais il reviendra à un moment ou à un autre ». En Thaïlande, c’est comme ça, tu ne sais jamais quand ça arrivera, mais tu sais que ça arrivera, donc il suffit de ne pas se prendre la tête, et de chiller en attendant. A Bangkok, au Flapping Duck, petit havre de paix au milieu de la Cité des anges, j’ai rencontré Eskimo, mon hôte thaïlandais à dreadlocks et tatouages. Le matin même je lui confirmais mon arrivée et le soir venu après l’avoir attendu une heure tout en buvant une bière et en discutant avec d’autres backpackers, il est réapparu et m’a dit « -Emma ? J’ai oublié ta réservation mais je t’emmène chez le voisin pour ce soir et demain tu auras ta chambre ». Apparemment, il fait le coup régulièrement, moi ça me fait rire, j’adore ce côté complètement perché. Ici, rien n’est jamais grave. J’ai passé une soirée avec Eskimo et ses amis à pleurer de rire alors que nous nous apprenions réciproquement à faire les bruits d’animaux en français et en thaïlandais.

Eskimo, le propriétaire de la Flapping Duck

Je précise, que le fait que les locaux aient l’air calmes et sereins ne signifie en aucun cas qu’ils sont fainéants. Bien au contraire, je n’ai jamais vu de personnes aussi débrouillardes de ma vie. Ils savent tout faire de leur main et ont une aisance extraordinaire.  Aussi, ils ont l’air de n’avoir peur de rien. Un jour, je suis partie faire une randonnée avec un birman sur Koh Tao, nous étions pieds nus et il m’a fait grimper des rochers énormes pour arriver au sommet. A un moment, j’étais debout sur l’un d’eux avec l’horizon à perte de vue et il m’a dit de sauter sur le rocher suivant, qui se situait à une distance qui demandait de prendre un élan considérable. J’étais pieds nus et le trou entre les deux rochers était énorme, aussi si je tombais ça signait ma fin tragique, adieu Emma. En voyant mon hésitation, il m’a dit : « Tu as confiance en moi ? ( oui ça fait très Aladin) », j’ai répondu : « J’ai confiance en toi mais pas en moi. Toi tu grimpes aisément aux arbres ou tu escalades les rochers comme si tu faisais la balade du dimanche. Dans mon pays, on a pas l’habitude. » Il a acquiescé, m’a dit de fermer les yeux, et là il m’a soulevé dans ses bras, ce petit birman de 1m60, 55 kilos tout mouillé et il a sauté en me portant. Complètement fou. Plus tard, je l’ai vu se soigner une plaie à l’aide d’un couteau chauffé à blanc.

Coucher de soleil sur Koh Tao

A Koh Lanta, j’ai fait de la spéléologie dans les grottes et le guide se baladait en claquettes,alors que nous galérions en chaussures de marche.  Les locaux sont agiles, habiles et courageux. J’en suis réellement admirative.

En Thaïlande j’en prend plein les mirettes et les papilles.

Étant un véritable estomac sur pattes, j’avoue qu’avec toute cette streetfood thaïlandaise je risque de rentrer avec dix kilos de plus. Mais qu’est ce qu’ils ont aussi à me narguer comme ça avec leur brochettes de toute sortes, leur fruits magnifiques et hypers goûtus, leur springrolls, et autres « rotees banana chocolat » ? Pour une gourmande comme moi, c’est l’île de la tentation. On pourrait croire que toute cette nourriture exposée dans la rue sans aucun moyen de réfrigération (en même temps ça ne sert à rien d’en avoir, sur les îles il y a en moyenne une coupure d’électricité par jour ), pourrait avoir des conséquences malvenues sur notre transit intestinal, mais non absolument pas, je n’ai pas été malade une seule fois. Mis à part la fois où j’ai eu la bonne idée de manger des brochettes de crabes remplies de mouches un jour de canicule, ce qui m’a valu une journée de vomi dans les buckets ( seau de bacs à sable dans lesquels on nous servait l’alcool sur Koh Phi Phi). Je leur ai ainsi trouvé une double fonction.

Mais en plus de manger continuellement, mes yeux également ne cessent de papillonner, et de s’extasier. La Thaïlande déborde de wat, ce sont les temples. Et étant donné les différentes religions présentes en Thaïlande, on peut voir aussi des temples chinois ou des mosquées. C’est très diversifié culturellement. Les wat sont sublimes et remplis de détails architecturaux. A Krabi, j’en ai visité un dont chaque marche était ornée d’un dragon sculpté, j’avais l’impression d’être la Mother of dragons, Queen of Thaïland, Daughter of Buddha. Ils aiment bien en plus ici les noms à rallonge. En thaïlandais, Bangkok s’appelle : « Krung Thep mahanakhon amon rattanakosin mahintara ayuthaya mahadilok phop noppharat ratchathani burirom udomratchaniwet mahasathan amon piman awatan sathit sakkathattiya witsanukam prast. », ça veut dire : « La ville des anges, grande ville, résidence du Bouddha d’émeraude, ville imprenable du Dieu Indra, grande capitale du monde ciselée de neuf pierres précieuses, ville heureuse,dans l’énorme Palais royal pareil à la demeure céleste, règne du dieu réincarné, ville offerte à Indra et construite par Vishnukarn ». Rien que ça! C’est le nom de ville le plus long au monde.

Wat à Krabi

En Thaïlande, il y en a pour tous les goûts, canoë et plongée dans les plus belles eaux du monde, spéléologie dans les grottes, cours de cuisine Thaï, cours de boxe Thaï, yoga, massages, randonnées dans la jungle, escalade, cascades et sources chaudes, points de vue imprenables, méditation dans les ashrams… Chaque jour est riche en expériences, je m’éclate, je me réveille comme une enfant au matin de Noël. C’est une sensation inédite.

Deux trois petites choses WTF que l’on apprend quand on arrive en Thaïlande.

J’ai été surprise par quelques habitudes de vie thaïlandaises en arrivant. Par exemple dans les toilettes, le papier est inexistant, mais une sorte de tuyau muni d’un petit jet trône à côté du toilette. J’ai donc étudié cet objet sous toutes les coutures, et me suis posé la question de son utilisation. D’accord, pour se laver les fesses avec le jet mais après une fois que l’on est mouillé, comment fait-on pour se sécher ? Apparemment, on sèche à l’air libre. Ou bien faut-il placer le jet bien au bon endroit et appuyer sur le bouton ? On apprend d’ailleurs très vite qu’il vaut mieux le tester dans les toilettes avant toute utilisation personnelle, car la pression peut être très changeante selon les endroits. Je suis encore en cours d’étude, j’en dirais plus lorsque je serais devenue professionnelle du jet.

En Thaïlande, dans la plupart des magasins, pharmacies, guesthouses… il faut enlever les chaussures avant d’entrer. Je trouve ça plutôt cool, on y prend vite goût.

Écolières thaïlandaises

Les taxis sont roses, bleus, jaunes, verts et j’ai pris des bus complètement tunés et remplis de néons multicolores. Lorsque l’on regarde la circulation, on croirait un Rummixkub géant.

Dans les temples, devant les statues des dieux, il est fréquent de voir des bouteilles de fanta à la fraise ou d’autres boissons à moitié pleines, une paille dirigée vers le Dieu. La première fois que j’ai vu cela, j’ai cru que des touristes avaient laissé traîner leur déchets, alors qu’en réalité ce sont simplement des offrandes faites aux dieux. La paille doit faciliter l’aspiration du nectar céleste.

Si une femme veut offrir quelque chose à un moine, elle doit d’abord le donner à un homme qui le lui remettra. Une femme n’a pas le droit de toucher un moine. J’en ai fait l’expérience dans un taxi boat, où ayant rencontré des moines bouddhistes sympathiques, je me suis assise à côté de l’un d’eux pour une photo. Celui ci s’est figé immédiatement et m’a murmuré : « not too close ». Au début, je n’ai pas compris, j’étais à la limite de me renifler pour voir où était le problème. Du coup, j’ai une photo avec un moine bouddhiste à 6 mètres de distance.

Il faut également savoir qu’en Thaïlande, toucher la tête de quelqu’un c’est sacrilège, car pour les Thaïlandais la tête est le siège de l’âme.

Voilà quelques informations à retenir et nous sommes loin du compte, ce sont mes impressions, chacun si il le peut doit se donner cette chance de découvrir le monde et de se faire sa propre opinion et ses propres souvenirs.


Prochaine étape, le nord : Chiang Mai, Chiang Rai, Pai, cités entre rizières et montagnes. To be continued…  😉

EMMA SCHNEIDER

Mother of Gekko, Queen of green curry, princess of tuk tuk, perdue pour un an en Asie.

15 COMMENTAIRES

  1. Nous sommes également des Strasbourgeois en tour du monde pour une année… La région Grand Est a soutenu notre projet et on parcours le monde depuis maintenant deux mois… Nous arriverons en Thaïlande dans une semaine donc j’ai lu cet article avec attention 😉
    Bonne continuation et au plaisir de se croiser ?
    http://www.puzzlemyworld.com
    Élise et Pierre

    • Bonjour Élise et Pierre !
      Génial , comme vous avez raison! Envoyez moi un petit message sur Facebook : Emma gnolia, que l’on essaye de se boire une petite chang à votre arrivée en Thaïlande afin d’échanger nos impressions et bons plans! . À très bientôt.

  2. Bonjour Emma ! J’ai lu votre article, votre histoire et je suis à la fois admiratif et je vous envie énormément! J’ai 53 ans , marié, des enfants un travail et habitant le haut Rhin .À l’intérieur de moi parfois l’envie de tout laisser pour partir à l’aventure comme vous ! Mais cela serai égoïste de ma part et je ferai beaucoup de degats!! Alors je voyage à travers des récits comme le votre ! Je suis attiré par l’Asie! Le monde est beau et la vie est trop courte pour tout voir ! Puis je suivre votre aventure ? Merci beaucoup

  3. Bonjour Patrice, merci pour ce joli commentaire. Effectivement je sais que ce genre de voyage n’est pas accessible à tout le monde et j’essaye de me rappeler chaque jour la chance que j’ai d’avoir pu partir sans causer de dégâts justement. J’ai décidé de le faire maintenant car je sais que plus tard avec des enfants ce sera plus compliqué. Pas impossible mais compliqué.
    A vrai dire j’ai passé un certain temps à l’hôpital avec mon petit bonhomme qui n’allait pas très fort , et je me servais d’histoires de longs voyages pour le faire s’évader un peu . Malheureusement suite à une erreur médicale , il n’a pas eu la chance de sortir d’entre ces 4 murs . Alors ce voyage je le fais pour moi mais je le fais un peu pour lui aussi . D’ailleurs son doudou casse croute m’accompagne.
    Vous voyez chaque voyage à ses raisons . Pour moi il en a de nombreuses et si il permet de faire s’évader d’autres personnes j’en suis ravie . Vous pouvez me suivre sur Facebook : Emma gnolia .

  4. L envie de partir est pour moi aussi forte tout les jours et la lecture de texte comme celui ci creuse cette envie de plus en plus.
    On a tous nos raisons les tiennes sont tristes et belles à la fois.
    Il faut parfois un événement fort pour sauter le pas.
    Je devais partir avec une petite association début décembre en Thaïlande (association de copains qui vont nous permettre de mettre en place des systèmes d eau de les écoles pour les minorités thai) mais des circonstances professionnelles m’en ont empêché cela aurait été l occasion de boire cette bière que tu as proposé à d’autres
    Dans tout les cas ayant du temps et de la facilité pour bouger je n hésiterais pas à te faire signe et dans tout les cas suivre tes pérégrinations asiatiques

    • Tes raisons de partir sont très nobles , faire le bien pour les autres c’est s’apporter beaucoup de bien à soi même aussi . Dommage que tu ai eu des contraintes , peut-être que celles ci ne feront que retarder ton beau projet .
      En effet, n’hésite pas à me faire signe si tu es dans le coin. .

  5. Félicitation pour ta quête, je te souhaite une merveilleuse expérience spirituelle et personnelle. Bon courage et mes sincères condoléances pour ton fils.
    Je vais te suivre sur ton Facebook
    Bon courage Normand Beaudoin.

  6. Les bouddhistes disent : « il n’ y a qu’une chose qui ne change pas, c’est le changement »
    Puisses-tu trouvez la joie dans l’impermanence des choses, et t’adapter au fonctionnement du jet intime ; )

    • Bonjour Malou, je ne connaissais pas cette phrase. Elle est géniale . Merci !
      C’est exactement ça , ici je ressens un sentiment de liberté jamais connu auparavant et je pense que l’impermanence des choses y est pour quelque chose .

  7. Bonjour Emma j en revient moi même de Thaïlande et j en garderai un souvenir inoubliable c est une bonne claque dans le visage et j aimerai en faire autant ( tt quitter) mais malheureusement on fait pas toujours ce Qu on veut… Si tu vas sur railay jte conseille le côté jamaicain ou rasta appel ça comme tu veux seul bémol c est une île touristique donc mes gens dans les hôtels sont souvent moins sympa mais en te baladant tu en rencontreras des sourires. Je te souhaite une bonne continuation et bois une Chang pour moi 😉

    • Bonjour Michael ! Je te remercie pour ton message et pour tes bons conseils. J’en prend note . Oh combien je comprend ton coup de coeur , le retour sera difficile pour moi également .
      Je suis à l’heure actuelle sur un rooftop à Chiang mai et je bois une Chang à ta santé .

  8. Le Thaïlandais est cool sauf quand il conduit… A la limite de l’inconscience et la dangerosité… C’est un beau pays ça pour sûr, en te souhaitant une bonne découverte du nord (d’où be t’écris d’ailleurs)

    • Salut Romain ! Aha oui effectivement quand ils roulent c’est une autre histoire .
      Je suis dans le nord aussi désormais, à Pai. Fais moi signe si tu es dans le coin

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