Par un beau jour de fin septembre 2017, j’étais assis peinard à Strasbourg Hœnheim devant ma page Facebook à balayer machinalement mon fil d’actu. A la faveur d’un pouce bleu posé par une amie, un lien surgit en plein dans ma face : celui de la page d’Alex Racines Vagabondes, me proposant un trek dans le désert pour le nouvel an !

Intrigué, je cliquai pour en savoir plus et je découvris une proposition de trek sous forme de quête initiatique dans le Sahara tunisien du 29 décembre 2017 au 5 janvier 2018. Alors que je parcourais la page, ce vieux rêve de sillonner le désert remonta subitement à la surface (merci Lawrence d’Arabie !), aussitôt suivi par le souvenir d’une scène emblématique de « L’Alchimiste » de Paulo Coelho.

Ce voyage était pour moi l’occasion de vivre enfin ce rêve et de me confronter à l’immensité de l’océan de sable.

Je laissais un commentaire à Alex pour obtenir des infos puis je prenais contact avec Paule (l’organisatrice) par téléphone pour discuter plus en détails du déroulement, des questions logistiques etc. Je découvrais aussi que Paule et Alex n’en étaient pas à leur premier trek et cette perspective fut très rassurante : je me suis immédiatement senti en confiance et définitivement convaincu par la formule proposée.

Je réservai dare-dare ma place auprès de Paule, mon billet d’avion depuis Strasbourg et je passai le statut de l’événement « d’intéressé(e) » à « j’y vais ». L’un des plus importants « j’y vais » de ma petite vie jusqu’à ce jour, mon voyage commençait déjà.

La route d’un lézard croisant celle d’une gerboise.

 

Bien avant le départ, toutes les informations utiles m’arrivèrent par mail avec notamment la liste de matériel à prévoir pour passer un séjour dans de bonnes conditions. En effet, il allait faire bon la journée mais froid la nuit et il était préférable d’amener de quoi se couvrir et dormir bien au chaud !

29 décembre 2017, le jour du départ enfin !

La majorité des aventuriers de la région (car pas moins de 8 d’entre nous étaient alsaciens !) se sont retrouvés à l’aéroport d’Entzheim, les quelques autres devant nous rejoindre directement à Djerba par d’autres vols. Premiers échanges, premiers rires, l’ambiance est détendue et une grande partie des participants va tout comme moi découvrir le désert. Je ne vais pas être le seul à poser des questions et éventuellement à galérer lors de mes pas dans le sable !

Alex garde toutefois beaucoup de mystère autour du déroulement (et je vais en faire de même d’ailleurs) en nous répétant sa réponse favorite mais non moins malicieuse : « je sais pas ».  Après tout, ce voyage appelle à un lâcher prise alors pourquoi ne pas commencer tout de suite ?

La joyeuse compagnie est rapidement au complet à Djerba et embarque dans un van direction le désert, pas de temps à perdre !

L’arrivée dans le désert

Nous apprenons, alors que nous chargeons nos bagages dans le van, que plusieurs heures de route nous attendent avant de rejoindre les bédouins. Qu’à cela ne tienne ! Nous n’allions pas nous décourager pour si peu ! Ces heures ont été mises à profit pour faire connaissance, réaliser que l’aventure commence vraiment après l’avoir rêvée. Je pense que nous avions tous hâte de nous immerger dans le désert pour les jours à venir.

Après environ 4h, changement de véhicule et passage en mode 4×4 pour s’enfoncer dans le désert à la recherche des bédouins que nous trouvons 1h30 plus tard. Il fait nuit complète depuis un moment déjà, les 4×4 nous lâchent dans le sable, nous récupérons toutes nos affaires, les véhicules s’en vont et le GPS dit « vous êtes arrivés ». Les bédouins sont autour du feu, les dromadaires éparpillés un peu partout, la tente berbère est montée, il n’y a rien autour de nous… bienvenue dans le désert !

Autant dire qu’il a fallu rapidement prendre ses marques, pas le temps de tester la température en mouillant un orteil, j’ai adoré cette plongée immédiate dans ce nouvel environnement ! Premiers contacts avec les bédouins, premier repas et première nuit à la belle étoile. Ce n’est que le lendemain matin que j’ai commencé à réaliser vraiment que nous étions dans le désert, sans civilisation autour, livrés à nous-même pour 6 jours.

Nous étions ainsi 12 compagnons, 2 accompagnateurs, 5 chameliers et 8 dromadaires prêts à démarrer.

L’expérience du dépouillement

On ne se rend pas bien compte au départ mais dans le désert l’on peut et l’on doit se passer beaucoup de choses. Alex nous avait proposé de récupérer nos téléphones portables pour une déconnexion complète et réelle avec notre quotidien et tout le monde a joué le jeu. De toute façon il n’y a pas de réseau dans le désert. Les montres aussi avaient été mises de côté et le soleil rythmait nos journées, c’est d’ailleurs incroyable comme il est aisé de s’habituer à cette horloge naturelle (le retour à la montre s’est fait sentir !).

Au-delà de cet aspect technologique, toute la logistique était sur place et aucun ravitaillement n’était prévu en cours de route.  Autant le dire de suite, les conditions de vie sont spartiates. Il fait froid et humide la nuit, il n’y a pas de douche et pas son petit confort quotidien. Le sable s’infiltre partout, des sacs même bien fermés aux gamelles de nourriture. Je parlais de lâcher prise plus haut, voilà pourquoi !

« Ça fait pas rêver ton histoire, on peut même pas envoyer un snap » pourrait-on me dire et pourtant ! Ce réel lâcher prise sur le côté matériel m’a procuré un sentiment de liberté inattendu mais tellement appréciable ! Plutôt que de me connecter aux réseaux sociaux, je me suis reconnecté à moi-même et j’ai très rapidement oublié l’existence du web et tout ce qui l’accompagne. Pas une seule fois je n’ai eu envie de consulter mon téléphone ou de regarder l’heure, j’étais juste dans le moment présent, centré sur mon environnement immédiat. En fait, je me suis rendu compte que je ne l’avais jamais vraiment fait avant et cette découverte a été surprenante et étourdissante !

Un profond émerveillement

Au premier matin, Alex nous a gentiment réveillés pour nous permettre d’assister au lever du soleil à travers les dunes. Un spectacle grandiose qui n’était que le premier de nombreux autres qui allaient nous émerveiller durant ce trek. Une fois la caravane en chemin, j’ai commencé à prendre conscience de ce que serait en partie notre périple.  Se retrouver là au milieu de nulle part, ne voir que du sable autour de soi, perdre complètement ses repères… tout ça m’a donné le tournis tout en me procurant des frissons !  Un démarrage déjà chargé en émotions mais je m’attendais encore moins à ce qui allait suivre sous peu.

Notre caravane en mouvement

 

En effet, Alex nous avait suggéré de nous éloigner un peu du groupe pour prendre toute la mesure du lieu que nous allions traverser ces quelques jours. C’est alors que j’ai fait la rencontre la plus saisissante qu’il m’ait été donné de vivre : celle du silence absolu. Je m’étais arrêté un instant pour soudainement me rendre compte qu’il n’y avait plus un bruit, plus un seul ! Jamais un silence n’a paru aussi assourdissant que celui-ci et cette sensation ne peut être restituée en mots, elle ne peut qu’être vécue.

Le désert a l’apparence d’une gigantesque étendue de sable inerte mais en y regardant de plus près, j’ai découvert qu’il vit. Déjà, le sable bouge énormément au gré des vents et le paysage se modifie constamment par ce biais. On peut voir les grains transportés par le souffle d’une dune à l’autre d’une façon chaotique. Puis le sable sert de matériau au sens artistique du désert qui utilise le vent pour créer des sculptures très variées et fragiles mais tellement belles.

Une sculpture née du vent, du sable, de l’humidité. Mais le désert accueille aussi la vie car notre parcours était parsemé de plantes, semblant pousser de nulle part. On y trouve aussi de traces diverses d’insectes, lézards et autres animaux qui ne se laissaient que peu voir d’ailleurs les coquins ! Voici un petit aperçu.

Du sable, du sable à l’horizon et soudain, une plante grasse comme on en trouve dans les magasins de meubles suédois !

 

Un nouvel aspect fascinant du désert qui, malgré son apparence hostile, constitue le milieu de diverses espèces du vivant qui se sont adaptées à cet environnement.

Le feu, élément vital et fédérateur

Dans le désert, à la nuit tombée, il caille ! Heureusement que les bédouins gèrent le feu, une compétence indispensable à la survie car point de Denis Brogniart pour le filer par pitié à l’équipe qui galère pour allumer une flammèche. On me dit dans l’oreillette qu’on avait certainement des briquets nous, contrairement aux aventuriers de Koh Lanta… mais on ne va pas chipoter pour si peu, faire du feu dans le désert c’est la grande classe !

Le feu a été l’élément central de toutes nos nuits, celui autour duquel tout le monde se réunissait pour manger, se réchauffer, échanger ses impressions sur sa journée, rire, jouer de la musique et même danser ! Nous ne sommes plus habitués à allumer de feux dans notre quotidien alors je l’ai beaucoup observé et là aussi le spectacle qu’il nous a offert est incroyable, jugez plutôt !

Parce qu’il nous invitait à sa compagnie, le feu a contribué à resserrer le groupe (de mon point de vue en tout cas). Déjà physiquement car il fallait bien ça pour profiter de sa chaleur. Mais aussi humainement parce que sa lumière diffuse laissait des zones sombres propices aux confidences, de ces mots qu’on se dit à l’abri parce qu’ils sont une mise à nue que l’on ne souhaite pas pratiquer en plein jour.

La nuit

Je ne pouvais pas ne pas parler des nuits dans le désert car elles ne se résument pas au froid et à l’humidité. C’est avant tout un ciel étoilé sans pollution qui s’est offert à mes yeux ébahis et, même avec la luminosité de la pleine lune, j’ai pu voir bien plus d’astres qu’à Strasbourg. Quel plaisir d’observer des constellations moins connues comme celles du Triangle, de la Colombe ou des constellations emblématiques comme Orion ou les Gémeaux avec bien plus de détails qu’à l’accoutumée ! Tout observateur ne peut que rester scotché face à cette myriade d’étoiles qui se donnent en spectacle.

La lune aussi s’est très souvent montrée. Étant en phase montante et pleine le 2 janvier, elle a donc accompagné toutes nos nuits nous offrant même de magnifiques halos lunaires. Grâce à sa lumière, le désert semblait éclairé en permanence d’une teinte bleue-grisée qui lui donnait un aspect onirique et magique. J’ai clairement eu l’impression d’être sur une autre planète par moments, le désert prenant une toute autre dimension par rapport à la journée ! La perte de repères y a été encore plus marquée et l’impression d’irréalité qui se dégageait alors m’a laissé sans voix, je crains là aussi ne pas réussir à la restituer en mots.

Et puis, en guise de cadeau pour notre dernière nuit, la lune s’est montrée plus tard qu’à son habitude laissant ainsi les étoiles s’exprimer pleinement. C’est alors qu’un bras de notre Voie lactée est timidement apparu au travers de la voûte céleste pour un finish en apothéose !

Le soleil se couche…

… puis la lune se lève à l’opposé.

Nos amis les chameliers et dromadaires

Je ne pouvais décemment pas vous parler de ce voyage en oubliant ceux sans qui rien n’aurait été possible. Grâce aux chameliers et à leurs bêtes, nous avons pu traverser ce désert qu’ils connaissent comme leur poche, nous avons pu manger car ils nous cuisinaient tous nos repas (dont le fameux pain cuit dans les braises et le sable). Au-delà de ça, c’est leur gentillesse et leur sens du partage qui ont été vraiment marquants. Nous étions chez eux d’une certaine façon et ils nous ont accueilli à bras ouverts, assurant notre sécurité et nous transmettant leur façon de vivre dans ce lieu a priori non destiné aux humains.

Parler avec eux a été un enseignement de tous les jours, partager cette simplicité un véritable bonheur et je ne pourrai jamais assez les remercier pour tout ça. Je dois aussi donner un méga big up pour nos copains dromadaires qui ont porté nos bagages, nos vivres et même certains d’entre nous quand la marche devenait trop dure. J’ai eu la chance de pouvoir prendre la bride d’un dromadaire, le faire avancer plusieurs heures et instaurer la confiance entre nous de façon à ce qu’il comprenne mes intentions sans gestes appuyés. Quelle superbe expérience de le sentir me suivre sans tirer sur sa bride, tourner dans la bonne direction simplement parce que je commençais à la prendre ! Sous leurs airs balourds et nonchalants, les dromadaires sont des animaux intelligents et fiables avec des capacités physiques impressionnantes !

L’essentiel

Vivre ce désert a été une expérience physique mais surtout une aventure humaine très intense. Déjà en raison des différents ateliers et exercices qu’Alex avait prévus tout au long de notre parcours et qui nous ont amenés à une introspection parfois profonde (j’avais bien dit que c’était une quête initiatique).

Mais aussi parce que, dépouillés de toute distraction technologique, nous avons pu nous concentrer sur l’essentiel : créer des liens ! Le résultat est stupéfiant et se passe de tout commentaire.

J’ai conscience de ne pas en avoir raconté assez, notamment sur les ateliers ou notre quotidien mais je ne me voyais pas faire un catalogue précis de mes journées. Le désert est mystérieux et j’ai souhaité conserver ce mystère, puis certaines expériences ne peuvent que se vivre et non se décrire. Bref, j’ai été dans le désert et je n’ai qu’une envie, y retourner ! Je vous conseille d’y aller aussi et j’espère sincèrement vous en avoir donné envie !


Pour retrouver toutes les infos sur les accompagnateurs, voici les liens :
Paule et sa page Facebook
Alex et sa page Facebook


Shuja Uddin

Shuja, c’est plus fort que toi ! Baroudeur amateur et apprenti chamelier.

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Invité Pokaa
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4 COMMENTAIRES

    • Je t’en prie Alex ! Merci à toi de m’avoir permis de vivre cette belle aventure et j’espère que cet article donnera envie à d’autres de vivre la leur 🙂

  1. Après avoir lu votre parcours initiatique dans ce désert tunisien…J’ avais l’ impression d’ avoir relu « Le Petit Prince » de feu A. de ST.-EXUPÉRY ! (Récits Symboliques) . Dans la Vie rien ne vaut le retour de l’ Expérience ; du vécu, il n’ y ça de vrai ! Bravo Shuja !

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