Tout le monde connaît ce bâtiment majestueux, doté de colonnes impérieuses, qui règne sur la Place Broglie.
Avez-vous deviné ? Il s’agit bien de l’Opéra national du Rhin. 

Certains y vont de temps en temps pour déjeuner à la terrasse de leur café par jour ensoleillé. Certains y vont pour assister de façon habituelle, ou seulement pour de grandes occasions, à l’une des centaines de représentations données. D’autres passent devant sans y prêter attention. Chacun a son histoire qui la rattache à l’Opéra. Vous, moi, toi, nous. Mais aussi toutes celles et ceux qui y travaillent au quotidien.

Car l’Opéra, ce ne sont pas que des solistes, des bourgeois gentilshommes tout de costume vêtus et des danseurs en tutus. Ce sont plus de 200 personnes à temps plein et le triple d’intermittents qui interviennent ponctuellement. Tous participent à la frénésie de cette institution, où quasiment toutes les représentations ne sont que pures créations.

C’est une fourmilière, une grande famille où tout le monde se connait plus ou moins de loin, se salue et partage des moments de leurs vies. Tous sont passionnés, qu’ils soient sur scène, dans les coulisses où les bâtiments juxtaposés, pour distribuer le courrier, établir les budgets ou encore produire décors, perruques, costumes ou souliers. 

Maquilleuse, chef comptable ou contrôleur. Je suis allée les rencontrer pour en savoir plus sur leurs métiers et tirer leur portrait.

Antoine / Régisseur général / 32 ans

▲ Qualités requises ▲ Être diplomate, avoir le sang froid et la tête sur les épaules. 

▼ COORDONNÉES GPS ▼ Annexe de l’Opéra, 2ème étage, bureau de gauche ou sur la scène à droite. 

Fervent pratiquant du Krav-maga et de la course à pied, Antoine ne s’arrête jamais. Il doit avoir une vision dans le temps de l’ouvrage, de ce qui va arriver, afin d’anticiper et résoudre les éventuels problèmes. « Il est dans du direct, sur le qui-vive en permanence ». Toujours accompagné de son pupitre de commande et de sa check-list « organisation », il coche, appelle, alerte, signale. Bref, c’est le commandant de bord du plateau. À l’OnR, ils sont 4 régisseurs fixes à suivre les productions, parfois plus avec les intermittents. À tour de rôle, et par deux, ils sont responsables du suivi d’un spectacle. Du dépôt de la maquette un an avant le début des répétitions à la mise en place du suivi technique (dispositifs de répétition) et artistique (organisation des castings, préparation des loges), ils sont partout. Un chanteur a besoin d’un taxi, d’un médecin ou d’une bouteille d’eau. Action, réaction. En deux temps, trois mouvements, ils doivent faire en sorte de trouver ce qu’il faut. Ils s’occupent également de donner les indications de mise en scène. Un artiste entre à un moment musical précis, le rideau se baisse, la lumière s’allume. Tout doit être parfaitement cadré et écrit. L’imprévu n’a pas sa place ici. Sonnerie, les rideaux se baissent. Applaudissement général.

▲ TRUE STORY ▲ Dans les arts vivants, il peut se passer n’importe quoi, à n’importe quel moment. Un chanteur qui s’évanouie sur scène, les lumières qui s’éteignent alors que l’orchestre est en train de jouer. Tout est possible. Il faut en être conscient et surtout savoir garder son sang-froid à tout moment.
«  Un jour, je m’en souviendrai toute ma vie… Environ 20 minutes après la reprise de l’Opéra Arabella, il y a eu un tremblement de terre. Le public s’est levé, complètement paniqué. Le rideau s’est fermé. Tout le monde a été évacué, les chanteurs, le public. C’était la panique. Ce sont dans ces situations qu’il faut garder son sang froid. De toute façon, le régisseur est le dernier à sortir du plateau. » 

Aude / Perruquière et maquilleuse / 36 ans

▲ Qualités requises ▲ Être TRÈS minutieux.

▼ COORDONNÉES GPS ▼ Annexe de l’OnR. 3ème étage, première porte sur la gauche.

En entrant dans la pièce où les perruques sont créées, ma réaction est entremêlée entre fascination et perplexité. Face à moi, une dizaine de petites mains assemblent des milliards de cheveux pour constituer des perruques à perte de vue. Aude et ses collègues se répartissent à tour de rôle les différentes représentations. Elles participent de l’élaboration à la diffusion des Opéras. Le but est qu’il y ait une cohésion parfaite entre le choix des costumes, des perruques, des effets spéciaux et du maquillage. Mais « d’où proviennent tous ces cheveux ? », « sont-ils faux ou vrais ? », « combien de temps faut-il pour faire une perruque ? ». Autant de questions auxquelles Aude a répondu avec passion. Derrière une coiffure impeccable et une chevelure de feu se cache une femme au caractère bien trempé. Depuis plus de 10 ans, elle fait des perruques sa spécialité. Postiche ou toupet. Blond vénitien, noir corbeau ou rouge cuivré. Les couleurs et effets n’ont pour elle, plus aucun secret. Les perruques sont réalisées à partir de véritables cheveux du fait de leur imputrescibilité. Ils proviennent la plupart du temps d’Asie et plus particulièrement d’Inde, pays dans lequel se raser la tête est une pratique courante liée aux croyances religieuses. Quasiment toutes sont uniques et faites sur mesure. Elles sont adaptées aux chanteurs du choeur (une quarantaine de personnes) et aux solistes, à partir de leur tête modelée en plâtre, leur évitant ainsi d’être constamment présent pour les essayages. Il faut environ 60 heures pour implanter une perruque et des milliers de cheveux. Ça en fait des heures et des cheveux, mais le résultat est tout simplement fascinant.

▲ TRUE STORY ▲ Ça peut arriver qu’il y ait des ajustements à faire sur scène. Entre les essais et la réalité, il peut y avoir un grand fossé. C’est pour cela que les perruquières sont présentes dès la première répétition, afin de faire des modifications si besoin.
« Une fois on a eu une Chef d’orchestre qui a la particularité de guider ses musiciens tout en jouant en parallèle du clavecin. Elle était coiffée d’un chignon-banane sauf que comme elle bouge beaucoup, sa coiffure tombait au fur et à mesure de la représentation. J’étais pliée de rire… Enfin seulement parce que ce n’était pas moi qui l’avait faite. Sinon j’aurais moins rigolé ! On a également eu une ribambelle de moustaches qui tombent, dues maquillages inadaptés. Ça peut paraitre dérisoire mais on est tellement impliqués dans notre métier que dans le vif, on peut rapidement être affectés. »

Stéphane et Florian / Bibliothécaires musicaux / 35 et 32 ans
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▲ Qualités requises ▲ Être patient, aimer chiner et le coloriage de partitions.

▼ COORDONNÉES GPS ▼ Annexe administratif de l’Opéra. 2ème étage. 3ème bureau en partant sur la droite.

En arrivant dans leur bureau, je tombe sur deux jeunes hommes, studieux et pleinement concentrés à leur activité. L’un entre des données dans son ordinateur, le second semble recopier des notes sur une partition. Ils s’appellent Stéphane et Florian et sont bibliothécaires musicaux. Ces deux acolytes travaillent ensemble depuis bientôt dix ans. Un binôme complémentaire de par leur formation et les instruments qu’ils pratiquent. Stéphane est trompettiste et jouait auparavant à l’OnR. Il connait la plupart des musiciens de la région ainsi que leurs besoins techniques. Florian quant-à lui, joue du saxo et travaillait auparavant dans les éditions musicales. Leurs missions ? Ils chinent, cherchent, dénichent la moindre partition, jusqu’à l’obtention de la perfection. Ils les louent ou les achètent, tout dépend de leur trouvaille sur le marché. Cela peut prendre quelques heures comme plusieurs jours. Leur objectif ? Répondre à la demande du Directeur Général de l’oeuvre. Ce dernier choisit la programmation, eux préparent le matériel musical, c’est-à-dire les partitions. « Il ne faut pas que le matériel soit un obstacle. » 

▲ TRUE STORY ▲ Alors qu’ils venaient tout juste d’arriver à l’OnR, ils ont directement travaillé sur un Opéra intitulé « Je t’aime, moi non plus ». Jusque là, tout va bien. Sauf qu’en réalité, il s’agissait de ce qu’ils appellent « un pot pourri », soit un opéra composé d’une multitude de partitions. Un patchwork de la musique pouvant aller jusqu’à 30 compositions, très souvent de provenances, d’époques et de langues différentes. Un véritable cauchemar pour les bibliothécaires. À la fin, ils doivent réussir à composer une partition pour chaque instrument. Et faire en sorte qu’à la première répétition, tout fonctionne. Pression. « L’heure de la première répétition sonne et celle-ci ne se passe pas bien du tout. Une horreur. On a dû tout retravailler, pendant des jours et des nuits. Après des heures et des heures de travail acharné, des dizaines de litres de café, ça a enfin fonctionné. Autant vous dire, que ce fût un beau pot pourri, au sens propre, comme figuré. » Mais ils ont persisté et désormais, plus rien ne les effraie. 

Perle / Contrôleur vacataire et ouvreuse / 33 ans

▲ Qualités requises ▲ Avoir un sourire « bright », être poli et aimer le gratin.

▼ COORDONNÉES GPS ▼ À l’entrée de l’Opéra.

La dernière représentation de la Juive a sonné. Tout le monde est confortablement installé. Perle attend patiemment à l’entrée la sonnerie qui annoncera l’entracte de l’Opéra. Je profite de ce moment pour l’interviewer dans la magnifique salle Paul Bastide. Cette ancienne danseuse classique est contrôleur vacataire. Elle intervient ponctuellement à l’Opéra, soit quelques soirs et week-ends par mois en fonction des représentations programmées. Rien à voir avec son métier, puisqu’à côté, elle travaille à plein temps à la Caisse d’Assurance Maladie. Mais Perle adore cette complémentarité. C’est une bulle d’oxygène dans son quotidien qui lui permet de retrouver cette grande famille, qui compose l’OnR. Elle a commencé il y a une dizaine d’années en tant qu’ouvreuse au poulailler*. Avec son équipe composée d’une trentaine de personnes, ils contrôlent les billets à l’entrée, acceuillent, placent et renseignent les spectateurs. Désormais, et ce depuis 4 ans, elle s’occupe plus particulièrement des invités du Directeur et participe à l’organisation des réceptions. Que ce soit des personnes de la Ville, des artistes, des Directeurs d’autres établissements culturels ou d’écoles d’arts, Perle les chouchoute, est à leur écoute, échange quelques sourires et éclats de rire. Et elle adore ça, puisque c’est selon elle, une opportunité de côtoyer et d’échanger avec des personnalités. Et puis de temps en temps, pendant les ballets, elle se fond dans les loges pour admirer les ballets, rêver devant la beauté des tutus et la grâce des petits rats d’Opéra. Moments uniques & privélégiés. 

▲ TRUE STORY ▲ Par saison, je vois passer des milliers de têtes à l’Opéra. Elle a, grâce à ça, pu constater l’évolution du public et contrairement aux idées reçues, observer l’accroissement des jeunes curieux, qui viennent toujours plus nombreux aux représentations.
« Un jour, j’ai été interpellée par un petit garçon, très bien habillé. Il devait être âgé de 6 ou 7 ans et venait voir un opéra de Wagner qui dure 5 heures. J’étais vraiment surprise parce que ce n’est pas habituel. Deux jours plus tard, je le recroise avec sa maman, à qui je demande, amusée, comment se fait-il qu’il revienne ? Elle m’a répondu « Il a tellement aimé, qu’il a voulu emmener son grand frère pour lui montrer. » J’étais sidérée. »

Si la série vous a plu et que vous avez envie de connaître les autres portraits, il va falloir attendre une petite semaine… (je sais que ça va être difficile, mais vous allez tenir bon, promis !).

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Hélène Berrier
Food trotteuse en herbe / Gourmande avérée / Aventurière avertie / Amoureuse de la vie

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