Depuis deux ans, Dina et Benoît rhabillent les logements et les événements strasbourgeois. Aux commandes de l’atelier Newance, ces designers de mobilier sur mesure ont notamment planché sur la scénographie des deux festivals immanquables de cette rentrée, le Longevity Festival et le Street Bouche Festival. Mais si les productions originales de ce duo de créateurs redécorent les comptes Instagram des clubbers avertis, leur identité reste souvent ignorée… Pour rectifier le tir, rencontre avec ce couple de bricoleurs aussi inventifs que sympathiques, qui a su se faire une place de choix en un temps record dans le paysage strasbourgeois.

Fraîchement installés dans leurs nouveaux locaux situés à l’Elsau, Dina et Benoît travaillent sur les grandes lettres en bois qui orneront l’entrée du Street Bouche Festival. Après deux années à se tasser dans le garage d’un artisan menuisier, les deux designers exultent face à cet espace plus adapté au volume grandissant des commandes : « On recevait des commandes de plus en plus nombreuses et encombrantes, il devenait vraiment urgent de déménager ! » En effet, alors qu’ils entament seulement leur troisième année d’activité indépendante, les deux fondateurs de l’atelier Newance enchaînent déjà les projets de taille, de la scénographie d’événements à l’aménagement d’intérieurs : « Quand on s’est lancés en 2015, on pensait s’en tenir au mobilier sur mesure pour les particuliers et aux aménagements d’intérieur pour les professionnels. Puis de belles rencontres nous ont amenées à nous diversifier… » Mais avant ces belles rencontres, il y a surtout eu la leur, entre une créatrice assumée et un designer qui s’ignorait…

Le B du Street Bouche (le niveau de cette exclusivité crève le plafond)

À l’origine de cette aventure professionnelle, une rencontre amoureuse…

Originaire de Moldavie, Dina emménage à Strasbourg pour réaliser « un parcours classique en design » avec une licence en arts visuels assorti d’un master en couleur, architecture-espace : « J’ai fini en 2013, après des stages bons et des stages moins bons, qui m’ont fait me dire que je ne voulais pas travailler pour un patron ! » Benoît, qu’elle a rencontré lors d’une soirée dans un bar strasbourgeois peu de temps auparavant, partage son sentiment. Licencié économique après des années de travail dans l’industrie, il ne souhaite plus répondre à d’autres injonctions que les siennes : « J’avais toujours dessiné du mobilier et des éléments de décors de mon côté… Mais je ne montrais ça à personne ! Dina a vu mes idées, elle les a aimées et elle m’a encouragé à me former à l’architecture d’intérieur pour qu’on se lance ensemble. » Une formation express plus tard, le couple crée son entreprise, l’atelier Newance…

Création d’entreprise : le choix sécure d’une coopérative d’activités

Pour ne pas risquer leur capital personnel, ils intègrent une coopérative d’activités et d’emploi strasbourgeoise, Antigone, qui propose aux entrepreneurs locaux d’intégrer la coopérative via un Contrat d’Appui au Projet d’Entreprise. Le CAPE permet aux porteurs de projet de tester la viabilité de leur entreprise tout en bénéficiant d’un accompagnement juridique dans la gestion comptable, sociale et fiscale : « Grâce à ce système, on a pu travailler sur le développement de notre activité de designers sans être ralentis par la paperasse ! C’est un vrai luxe. » Au-delà de ce cadre administratif, la coopérative défend l’idée d’un entrepreneuriat collectif, et organise des rencontres régulières entre ses membres entrepreneurs : « On y a rencontré beaucoup de créateurs d’entreprises qui partagent les mêmes idées écoresponsables que nous, ça booste ! » Dans leur discours, Dina et Benoît reviennent régulièrement et avec reconnaissance sur toutes ces rencontres auxquelles ils attribuent leur succès, qui n’est sans doute pas sans rapport avec leur grande humilité…

Soirée The Fat Badgers (photos par Maria Sava)

Des amis plutôt que des clients…

En seulement deux ans d’activité, le couple de designers a su se faire une place de choix dans le paysage strasbourgeois. Alors qu’ils se destinaient à aménager les intérieurs des particuliers et des professionnels du coin, Dina et Benoît sont aujourd’hui tout aussi sollicités par la scène : « La scénographie d’événements, ça nous est tombé dessus… ! Le Studio Petit Martin, où Benoît avait réalisé un stage, a été contacté pour la décoration de la release party de The Fat Badgers. Comme ils n’étaient pas disponibles, ils nous ont recommandés. On n’avait jamais fait ça, mais ça avait l’air marrant, alors on a dit oui ! » Depuis cette soirée tropicale, de nombreuses autres ont suivi pour le duo de créateurs, jusqu’à se voir proposer la scénographie des deux festivals strasbourgeois qui marquent la rentrée, le Longevity Festival et le Street Bouche Festival : « On est très chanceux de travailler avec ces équipes qui se préoccupent aussi de l’environnement. »

Ce qu’ils ne disent pas, c’est qu’au-delà d’un facteur-chance possible, ces rencontres agréables sont aussi très probablement le fruit de la méthode de travail de Dina et Benoît. Aux yeux des deux designers, l’atelier ne reçoit pas des clients mais des collaborateurs, des alliés, et au long terme des amis. Dina explique : « Dans la création en général, on aime bien dire que les clients sont bêtes, et que les créateurs sont victimes de leurs demandes idiotes… C’est faux ! En deux ans, on n’a jamais rencontré un client stupide ! Il connaît ses besoins et c’est à nous, créateurs, de l’aider à les exprimer, puis à les repenser de façon pratique et réaliste. » Benoît approuve : « Un projet, c’est une conversation. » Cette approche humble et bienveillante n’est sûrement pas sans rapport avec le succès du jeune atelier Newance, qui s’adapte à toutes les demandes : « On produit toujours un devis précis pour éduquer le client sur les prix des matériaux, le temps de conception et la durée de d’assemblage… Selon les bourses on propose des matériaux moins coûteux, ou on lui laisse la possibilité de réaliser lui-même l’assemblage. »

Longevity Festival 2017

Ces derniers mois, Dina et Benoît ont réalisé une à deux commandes de taille par mois, tout en travaillant sur les rendus virtuels des nombreux projets à venir. S’ils survivent à ce rythme aussi excitant que fatiguant, les deux designers aimeraient développer une ligne de mobilier autofinancée et autoproduite : « On y pense depuis un moment. À l’automne, on va prendre quelques jours de vacances pour rester inspirés, puis on va se pencher sur ce nouveau défi. » Face à leur talent singulier teinté d’humilité et de bienveillance, on ne doute pas une seconde qu’ils le relèveront, comme tous les autres, avec brio.

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