Chasseurs de langues de bois et illustres illustrateurs, deux jeunes dessinateurs strasbourgeois décryptent par le dessin un sujet de société dans une toute jeune revue.
A l’occasion de la sortie prochaine de leur nouveau numéro, nous avons décidé de vous parler de Novland. 

Le novlangue est la langue utilisée à Océania dans le fameux roman de George Orwell, 1984. Cette langue est simple, elle contient peu de mots et permet donc l’expression de peu de concepts, exit la finesse du langage au profit d’expressions simplistes et toujours répétées.

Le but est de rendre les habitants d’Océania plus dociles, moins prompts à la réflexion, dépendants et du coup beaucoup plus facilement manipulables.

« On n’arrivait pas à s’identifier à l’uniformité du dessin de presse actuel ».

Timothée Moreau (alias Didier Mornifle) et Killian Pelletier (alias KPTR) ont donc décidé, au pays de la langue de bois, de décrypter l’actualité par l’illustration. Ici il ne s’agit pas d’illustrations de presse mais d’une presse d’illustrations qui prend des libertés sur tout, sur le ton, les styles variés, le fond et la forme.

Fini le gros marqueur noir sur papier blanc des caricaturistes de presse, ici toutes sortes de techniques sont utilisées et du collage au dessin, une seule invariable : l’humour. Quasi omniprésent dans chaque numéro, il permet selon ses auteurs de désacraliser les pouvoirs moqués, d’apporter du contenu et une analyse différente, sourcée et sérieuse mais de manière pédagogique.

« Ainsi, la ligne éditoriale du journal se concentre sur le recul et l’analyse des langues de bois, et autres traquenards d’affaires publiques, comme on aime les appeler.  Plus globalement, on essaye de montrer les dessous de tous types de Pouvoir.  L’idée est de les dénoncer, et de les rendre visibles. Nous tentons de faire prendre du recul à nos lecteurs, et de les confronter à leurs habitudes de pensées. »

Après le Novland 0, celui sur la pub et le dernier sur la peur instrumentalisée dans les médias de masse, le prochain numéro aura pour sujet le terrorisme.

Un sujet sensible pour lequel Didier Mornifle et KPTR nous ont avoué avoir fait beaucoup de recherches afin de déterminer comment ce sujet était traité par l’ensemble de la presse mais ils l’ont aussi apprivoisé par le biais d’études sociologiques et historiques. Pour ce numéro, et comme c’est toujours le cas, de nombreux autres illustrateurs se sont joint à l’équipe en tant que contributeurs.

On retrouvera cette fois ci Pierre Constantin au graphisme, Florent Texier pour la couverture, l’illustrateur Antoine Marchalot pour la page centrale, ainsi que quelques membres des Éditions Proches (collectif dont fait parti la revue) : Paul Breda, on retrouvera aussi Alexis Grasset ainsi que Paul Creus et Lucas Ferrero.

« En ce qui concerne le déroulement du travail,  personne ne bosse dans son coin et chacun est libre de donner son avis sur le travail de l’autre. On essaye qu’un maximum d’échanges et de conseils émanent des réunions et des groupes de travail, pour être le plus juste possible. »

Vulgarisation des connaissances ou militantisme ?

La ligne éditoriale semble presque inconsciente chez Novland, parce que plus qu’une vulgarisation des connaissances passe à travers leurs illustrations, c’est une certaine lecture de la société et des enjeux qui sont les siens.

Quand on leur pose la question de leur place dans les prochaines élections présidentielles, leur réponse n’est cependant pas celle de militants mais d’illustrateurs à la démarche presque journalistique. Pour eux, pas question de se servir de Novland comme d’un outil de militantisme. Par contre, faire un numéro sur la démocratie, les élections, les campagnes et leurs discours « eh bien ça, on est preneurs ! ».

En somme Novland semble être une revue d’illustrations différente, subversive et pédagogique. Mais pédagogique pour qui au fait ? Le problème de la cible semble être le talon d’Achille de ce beau projet.
Bien qu’usant de tous les stratagèmes pour s’extirper des bancs des Arts Décoratifs sur lesquels l’idée est née, il semble difficile pour ces jeunes illustrateurs de toucher une cible plus large, qui à l’heure d’internet, est peut-être moins habituée à payer pour de l’information et/ou de l’art.

« En passant par la vulgarisation, il est clair que nous voudrions nous adresser au plus grand nombre, mais nous ne sommes pas naïfs. Le fait que nous soyons un journal papier,  et plus encore, que nous soyons diffusés dans des librairies indépendantes, nous fait savoir que notre public n’est pas aussi hétéroclite qu’on le souhaiterait.
Nous voudrions donc faire des événements cette année dans différents lieux (librairies, galeries, ou toutes autres structures) pour rencontrer du monde et causer de notre nouveau numéro. Comme une tournée de rockeur un peu. Faire des interventions et ateliers publics sera aussi un bon moyen d’être en contact direct avec les gens, autrement que par l’intermédiaire du livre. » 

Parlons peu, Parlons bien. Le prochain rendez-vous à ne pas manquer c’est ce jeudi soir à la Mine pour une projection et un repas de soutien à la revue dont le 4ème numéro sortira fin Janvier à l’occasion du 44ème festival de la Bande Dessinée d’Angoulème.

Vous pourrez retrouver ce dernier numéro et les précédents sur internet mais aussi à Strasbourg au Quai des Brumes, à la Librairie Kleber et à la Librairie Gutenberg.

ZEROUALI KHEDIDJA

Férue de culture et nouvelle dans la tribu.

2 COMMENTAIRES

  1. RRaaa, c’est malin, de publier le jeudi 12 janvier l’annonce d’un repas de soutien pour le soir-même ! Impossible de s’organiser, surtout quand on lit le billet le lendemain…
    Bon, j’irai acheter en librairie, ça sera toujours ça de fait pour les soutenir. 🙂

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