Le triptyque des conifères.

Ces derniers jours, Strasbourg s’est métamorphosée en grande ville de débat en parlant de ses épicéas. Malédiction pour certains, manque de jugement pour d’autres, cet épisode aura eu le mérite de faire rire, d’énerver ou encore de faire réfléchir. De ces réflexions, une s’est démarquée et est revenue à de nombreuse reprise : Pourquoi ne pas faire pousser un arbre sur la Place Kléber plutôt qu’en couper un chaque année ?

Un sapin qui grandirait chaque année, offrant le spectacle de la vie aux grands comme aux petits

Le message est beau, il est emprunt d’écologie et de pédagogie. Imaginez une petite pousse que l’on verrait grandir d’année en année et qui deviendrait centimètre après centimètre un géant bienveillant et permanent surplombant la ville. C’est clair qu’un lien affectif se fera entre lui et tous les Strasbourgeois.

Une pousse de sapin. Mate la fragilité du bousin, zéro pointé pour la street crédibilité.

Mais voilà

Ce scénario parfait impliquerait un travail colossal, pas forcément réalisable et écologiquement à revoir. Pourquoi ?

  • La Place Kléber n’est pas une forêt vosgienne. Ici, pas de terre fertile mais de la pierre bien stérile. Alors oui, avec travaux, on pourrait créer un bac de terre, mais le sapin a des racines et en grandissant il ne se contentera pas de rester dans son coin.
    Résultat : les pavements de la Place seront déplacés par les racines et Kléber deviendra le nouvel enfer des cyclistes.

    Enjoy ton passage en Velhop

    Cerise sur le Kougelhopf, sous la place se trouve un parking. Ce dernier sera la première victime des racines : inondations à chaque pluie, fissures et toutes ces petites choses qui font plaisir au service public.
    Bref, un gouffre financier et un nid à emmerdes que personne n’aimerait avoir à gérer.

  • La ville n’est pas la campagne/montagne. Quand une pousse de sapin grandit oklm sur les versants d’une montagne, cette dernière devrait jouer la survivaliste de tous les jours en ville. Ici, sa vie sera rythmée entre pics de pollution et piétons curieux aux pieds menaçants. Oui, parce que les sapins poussent très lentement les 10 premières années. Il faut une décennie pour qu’ils atteignent la taille de 2 mètres. 10 années de faiblesse ou le premier venu qui voudrait dérouiller du sapin pourra le faire de ses seules mains.

  • À quoi ressemblera-t-il ? Problème superficiel ? Oui et non.
    Quand on grandit dans un sol artificiel, entouré de stress et de pollution, pas sûr de ressembler au plus beau des apollons. L’arbre pourrait être chétif et déformé. Pas de soucis pour nous, on continuera à l’aimer, mais pas sûr que ce soit le cas de nos touristes adorés.

    Mon… (hésitation) beau sapin… (vomi)… roi des forêts… (vomi)

Et un sapin artificiel ? Ça ne réduirait pas l’impact écologique ?

Si, éventuellement, mais une étude canadienne a démontré qu’il faudrait l’utiliser au moins durant 20 ans pour que son utilisation ait un impact négatif inférieur au sapin « traditionnel ». Le sapin de Noël naturel est plus écologique. Sa production, son transport et sa destruction émettent moins de gaz à effet de serre et gaspillent moins de ressources naturelles.

Bref, faire pousser un sapin symbole de Noël à Strasbourg est une pure idée, mais il faudra sûrement réfléchir à un autre spot que celui bien épineux du général Kléber.

Si vous avez des pistes, partagez-les dans les commentaires, ça ne mange pas de pin.

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