Cet été, 9 jeunes strasbourgeois nous ont laissés rentrer dans leur intimité, aussi bien sentimentale que sexuelle. Modèles de relation, pratiques sexuelles, rapport au corps et à l’autre… Ils partagent leurs réflexions pleines de maturité, à mille lieux des clichés qu’on peut entendre sur la sexualité des jeunes.

À entendre certains « anciens », on pourrait croire que les jeunes baisent à tout va, sans trop réfléchir ni vraiment s’investir, que leurs couples ne durent pas par manque de maturité ou qu’ils durent par manque de comparatifs. En bref, les millennials ont toujours tort, victimes d’un Internet qui aurait perverti leur appréhension de la sexualité. Mais qu’en est-il vraiment ? Neuf jeunes strasbourgeois témoignent de leurs réalités…

Lola et Tim, 24 ans, en couple depuis 6 ans

Lola et Tim se sont rencontrés il y a 10 ans lors d’un stage de tennis : « J’ai flashé sur lui. » « Moi j’ai flashé sur la moustache de son père, je m’en rappelle très bien, mais elle je ne l’ai pas calculé. » Ils éclatent de rire. Tim calculera finalement Lola au lycée qu’ils fréquentent tous les deux : « On est devenus très bons amis, assez proches, et puis on s’est mis ensemble le 23 novembre 2010. » « Je me rappelle d’un bisou très… Conventionnel, à la fin des cours. Mes copines m’ont dit « Lola, il est là, il est là ! » et on s’est embrassés tout gênés du bout des lèvres… Un bon vieux smack ! » Depuis ce « bon vieux smack », Lola et Tim ne se sont plus quittés. À seulement 24 ans, ils sont ensemble depuis bientôt 7 ans et le vivent bien malgré des réflexions maladroites de leurs proches qui assimilent durée et ennui, comme l’observe Lola : « Au bout de 6 ans ça doit être toujours pareil, tu n’en as pas marre ?! C’est le type de commentaires qu’on peut recevoir. Moi ça me perturbe sur le moment, mais lui s’en fiche tellement que ça dégage… ! » Tim explique : « Qu’est-ce qui me garantit que ce serait mieux autrement, ailleurs, avec une autre fille ? On aurait peut-être aimé se trouver après un plus grand nombre d’expériences chacun de notre côté, mais d’un autre côté on s’est fait tous les deux. Parfois j’aimerais voir si je plais encore, draguer un peu sans arrière-pensée, mais ce serait malhonnête pour la fille impliquée. » « Moi tu me plais encore ! » Ils éclatent de rire une nouvelle fois, avant que Lola ose évoquer d’autres réflexions, plus discriminantes cette fois… Depuis sa sortie du lycée, Lola a pris une vingtaine de kilos à cause de problèmes hormonaux. Aux côtés de la carrure sportive de Tim, elle a essuyé des remarques très déplacées : « Une amie qui n’en est plus une ne voulait pas croire qu’il puisse m’aimer comme ça, ni que je puisse être épanouie sexuellement avec un corps aussi éloigné de la perfection… Alors que quand on couche ensemble, je me sens tellement belle… Franchement je suis une bombe ! » Sans qu’ils ne s’en rendent compte, depuis que Lola évoque son rapport difficile à son corps, Tim sert sa main dans la sienne. À son regard tendre, il ne fait aucun doute que Lola est une bombe.

Émeline et Rémi, 25 et 27 ans, en couple depuis 8 ans

Comme Lola et Tim, Émeline et Rémi sont ensemble depuis longtemps, 8 ans : « Émeline à la base, c’était la petite sœur de mon meilleur ami. Il l’a bien pris : il ne m’a plus parlé pendant 3 ans ! » Pendant ces 3 premières années, Émeline et Rémi ne vivent pas ensemble, ce qui rend leurs rencontres excitantes : « Les frères de Rémi rentraient dans sa chambre alors qu’on était occupés, et ma mère à moi refusait qu’on dorme dans la même pièce… Il nous restait la voiture, l’hôtel… Et des lieux plus insolites en extérieur. » Lorsqu’ils s’installent enfin ensemble, Émeline et Rémi vivent mal leur vie commune, dont ils rêvaient pourtant jusqu’alors. Après des soirées entières passées à chercher des moyens originaux de se voir, ils sont pris de cours par la facilité d’un quotidien partagé. Rémi résume : « Quand on vit séparément on se voit pour partager de bons moments. Quand on vit ensemble, non seulement ça devient normal, ce n’est plus spécial, mais on partage aussi les mauvais moments… » Émeline, qui le regarde tendrement, rajoute : « Il faut aussi dire que tout nous oppose… Rémi est curieux de tout, moi je suis assez réfractaire à la nouveauté… Il m’a un peu dévergondée, et moi je l’ai un peu canalisé… ! » Ce qui rassemble néanmoins Émeline et Rémi, c’est leur appréhension de la sexualité, qu’ils envisagent tous les deux comme une exploration commune. Ils expliquent ensemble : « Pour nous le sexe fait bien 80% de notre relation. C’est ce qui nous soude. On en parle beaucoup, on se confie nos envies et on voit comment on peut les assouvir dans le respect de l’autre… » Rémi précise : « Je suis curieux, trop curieux. Après m’être brûlé la tête avec des performances extrêmes sur Internet, Émeline m’a appris à apprécier le plaisir dans l’échange. » Mais alors, un couple de 8 ans, ça baise encore ?! Ils éclatent de rire : « La plupart du temps, ce genre de réflexions vient de personnes qui n’ont pas expérimenté un couple qui dure, qui se fait confiance, et qui se parle surtout ! La diversité sexuelle ce n’est pas forcément la diversité de partenaires, on échangerait pour rien au monde la sexualité qu’on a maintenant pour celle qu’on avait avant. Ensemble on a exploré beaucoup de pratiques, et on est encore loin d’être à court… ! »

Lise, 22 ans, en relation non-exclusive depuis 3 ans

Lise et son copain ont eux opté pour une exploration non-exclusive : « Après un peu plus d’un an de relation exclusive, les papillons dans le ventre du début ont commencé à s’estomper, et c’est bien normal mais assez frustrant… Ça m’a fait réfléchir. » Si Lise est sûre que son copain actuel est la personne avec laquelle elle souhaite construire des projets à court et long terme, elle se demande si cela doit nécessairement la fermer à toute autre possibilité : « Il m’arrivait d’avoir des crushes sur d’autres hommes, sans que ça remette en question mes sentiments pour mon copain. » Après avoir lu des articles et entendu des témoignages sur des modèles relationnels autres que la monogamie classique, Lise partage ses réflexions avec son copain : « Il lui arrivait aussi d’avoir des coups de cœur pour d’autres femmes et dans un couple exclusif, ça entraîne de la culpabilité parce qu’on l’interdit purement et simplement. On a parlé d’une relation plus ouverte, pas nécessairement poly-amoureuse, mais plus permissive. » Pour que ce nouveau modèle relationnel ne porte pas atteinte à leur relation ils établissent pendant les mois qui suivent des règles : « On a vraiment pris le temps d’y réfléchir ensemble avant de se lancer, pour se prémunir de certaines réactions très ancrées comme le doute, la jalousie, qui auraient pu pourrir notre relation. » Pour protéger leur couple qu’ils placent au-dessus de leurs autres relations, ils s’engagent à ne pas fréquenter des personnes qu’ils côtoient tous les deux au quotidien, à s’informer de chaque nouvel intérêt avant d’entreprendre quoique ce soit, et à s’autoriser à dire stop : « L’essentiel dans ce mode relationnel comme dans tous les autres je pense, c’est la communication. La première fois que j’ai vu un autre homme, ça a été dur pour lui, et la première fois qu’il a vu une autre femme, ça a été dur pour moi. Il a fallu faire le deuil d’une exclusivité, d’une possessivité à laquelle on a été biberonnés toute notre vie. » Mais cette non-exclusivité ne met-elle pas le couple-foyer en danger par son principe-même, puisqu’elle permet de multiplier les expériences, certes moins investies, mais malgré tout sentimentales ? « À vrai dire, on se sent plus proches que jamais, parce qu’on communique beaucoup et qu’on culpabilise moins d’avoir des désirs propres, ou de ne pas être en mesure d’assumer tous ceux de l’autre. On ne partage pas toujours les mêmes passions dans un couple et nos crushes nous permettent de les explorer quand même, ça nous apporte beaucoup humainement. » Loin de représenter un moyen pratique de baiser à tout va, la relation non-exclusive de Lise lui permet de partager des affections personnelles sans renier ses sentiments pour son copain : « Ça nous permet d’éviter la connerie d’une rupture pour un crush sincère mais éphémère en somme. »

Enzo, 23 ans, célibataire

À écouter ses amis, les crushes plus éphémères que sincères, Enzo les enchaîne. Pourtant Enzo voit sa situation différemment : « Ce n’est jamais qu’une histoire de sexe. » Après une relation de deux ans notamment brisée par la distance, mais aussi une jalousie sur laquelle il a travaillé depuis, Enzo décide de ne pas entreprendre de nouvelle relation sérieuse : « Je me suis dit que je ne me remettrai pas avec quelqu’un avant d’avoir une vie stable, qui ne soit paralysée ni par des études d’ingénieur prenantes, ni par un premier travail très exigeant dans le secteur… » Ce qu’il ne dit pas d’emblée, c’est aussi que sa première vraie relation l’a refroidi : « Depuis un an je suis un peu désenchanté. Je me dis que ça n’en vaut pas la peine. » Depuis un an donc, Enzo ne cherche pas à faire évoluer les amourettes qu’il vit avec des filles qu’il informe toujours de cet état d’esprit : « J’ai toujours peur que la personne soit blessée. Mes amis me vannent, mais j’ai beaucoup de considération pour les filles que je fréquente. » Loin de chercher une plastique à salir le temps d’une nuit, Enzo est en quête d’un bouleversement : « Les filles que je vois me plaisent pour ce qu’elles sont, et j’espère à chaque fois ressentir quelque chose… Un truc fort. » Jusqu’ici, ce truc fort, il ne l’a pas ressenti pour une autre que son premier amour, sans que ça l’inquiète plus que ça. Avec un physique correspondant globalement aux standards de beauté actuels, Enzo ne connaît pas la crise. Il ne s’en enorgueillit pas pour autant : « Pour l’instant ce mode de vie me convient, même si ça limite ma sexualité, parce qu’on n’est pas aussi complice avec une personne de passage qu’on peut l’être avec une personne qui reste… Mais peut-être qu’un jour, je souffrirai d’être seul. »

George, 25 ans, en couple depuis quelques mois

Être seul, George en a eu besoin. Il y a 7 mois, il mettait fin à une relation de plusieurs années, qui n’allait pas vraiment mal, mais pas vraiment bien non plus… : « Dans un duo, ce n’est jamais la faute d’une seule personne. J’ai senti que j’étais allé aussi loin que je le pouvais. » Célibataire pour la première fois depuis ses 18 ans, George, qui avait toujours craint la solitude, l’apprécie à sa propre surprise : « Je pensais en souffrir plus, mais au contraire, ça m’a soulagé de quelque chose. Je me suis retrouvé. » Malgré la pression sociale exercée sur les personnes célibataires, il profite de sa solitude pour se reconnecter avec lui-même, redécouvrir ses passions, redéfinir ses buts : « Autour de 25 ans, on a plein de choses à faire pour soi-même. J’ai réalisé que j’avais négligé mes hobbies et surtout, qu’il n’y a aucun mal à se faire passer en premier. » Durant les mois qui suivent, George finit ses études par un stage qu’il vit pleinement avant d’intégrer une entreprise dans laquelle il s’épanouit totalement. Il renoue aussi avec la musique et déménage dans un appartement qui lui plaît dans son quartier préféré. Depuis quelques mois, il voit aussi une nouvelle fille qui respecte ses besoins de solitude : « Dans un couple, il y a toujours un jeu de pouvoir, qui se définit souvent au tout début. Je découvre une relation équilibrée, avec une personne qui me rappelle de prendre du temps pour moi quand je n’y pense pas. » D’après lui, si tout s’aligne dans sa vie, c’est parce qu’il a pris le temps de se recentrer : « Je crois qu’il faut détailler sa demande au destin et travailler dans ce sens. Tu ne peux pas exiger quelque chose de quelqu’un si tu n’as pas sélectionné la personne sur ce critère, c’est toi qui t’es trompé, c’est toi qui ne fais pas bien les choses. C’est pareil pour un travail, un appartement… Il faut définir ses priorités et développer tout ce qui est nécessaire pour toucher au but. »

Marion, 24 ans, célibataire

Comme George, Marion a eu besoin d’être seule. Il y a quatre ans, elle se séparait d’un homme avec lequel elle pensait à tort avoir une relation sérieuse. Il y a trois ans, elle perdait son père… S’en suit une période difficile : « Je me suis enfermée chez moi. Les rencontres n’étaient pas à l’ordre du jour, j’avais déjà du mal à voir mes proches. » Pour se remettre, elle part à l’étranger, dont elle rentre il y a quelques mois. Aujourd’hui, Marion ne cherche plus de relation sérieuse, ni même de partenaire sexuel : « Je suis sur Tinder sans arrière-pensée, pour m’occuper… C’est passif ! Parfois ça matche et on se rencontre, mais je ne suis pas en recherche active d’un truc. » Un truc en plus, agréable mais pas indispensable, c’est comme cela que Marion voit désormais une relation, qu’elle soit brève ou durable. Ces dernières années, elle a géré seule le deuil d’un parent puis la découverte d’un pays : elle se sait capable et, égoïstement, préfère être sa seule priorité comme l’évoquait George. Lorsqu’elle matche sur Tinder, elle respecte des règles pour se protéger physiquement mais aussi émotionnellement : « Je me laisse deux rencontres avant d’aller chez la personne, plutôt que de lui donner mon adresse. Et puis je me réserve le droit de dire non, ou stop… On ne doit jamais rien à personne, et on peut toujours changer d’avis, même pendant l’acte. » Pour autant, ces situations ne se présentent pas tous les quatre matins, mais quand bien même, Marion préfère le répéter : « Une fille qui a des rapports hors couple, même nombreux, n’est pas une salope. » Comme George, elle observe une pression sociale apposée sur les célibataires, et plus cruellement sur les femmes : « Une femme qui assume sa sexualité semble plus gênante qu’un homme qui fait de même, alors que chacun est maître de son corps et devrait se sentir libre d’en faire ce qu’il veut dans un cadre consenti. »

Éric, 19 ans, célibataire

Comme Marion, Éric prône la liberté : « Faudrait que les gens s’en foutent. Du moment que les personnes impliquées consentent à ce qui se passe, il n’y a rien à dire. » Après une adolescence à se chercher, Éric se considère aujourd’hui gay : « J’ai eu une copine il y a très longtemps avec laquelle il y a eu les premiers actes sexuels. Ce n’était pas par volonté de me conformer, j’avais des sentiments très forts pour elle. Mais depuis que j’ai été avec des garçons, je ne me vois pas coucher avec une fille… » Dès le lycée, Éric observe qu’il est attiré par les hommes, et n’explore pas immédiatement cette préférence par manque de possibilités dans sa petite ville : « J’avais peu de choix à proximité, et puis il y avait le risque que ça parle, avant même que je détermine si ça me plaisait ou non. » Ses premières expériences décomplexées, il les a à son arrivée dans la ville de Strasbourg, où il vient étudier à l’université : « Dans cette ville je me suis libéré, ça a vraiment été une explosion pour ma vie sexuelle. » Pour faire des rencontres, il utilise quelques applications, certaines exclusivement gays, d’autres ouvertes à tout le monde : « Ça désinhibe, j’ose plus. J’aime bien rencontrer de nouvelles personnes pour m’ouvrir à de nouvelles choses, et puis je suis un peu joueur, j’aime bien quand on se tourne autour… Il me faut de la séduction, j’ai déjà eu des rapports purement sexuels et après je me sentais un peu sale. » Des jugements sur son orientation, il n’en reçoit pas. Ce qui le gêne au quotidien, c’est plutôt l’attitude de ses proches : « Les mecs hétéros me posent beaucoup de questions sur ma sexualité. C’est gênant, je me sens parfois réduit à mon orientation. Si t’es curieux de la prostate explore la tienne mais ne scanne pas la mienne s’il te plaît. Et puis les gens en général ont tendance à me confier des trucs hyper intimes sur leur vie sexuelle… Ok j’ai une pratique anale, mais ça ne fait pas de moi quelqu’un à la sexualité extrême ! » Il ne jette cependant la pierre à personne : « Je pense que c’est lié à l’éducation sexuelle très pauvre qu’on reçoit. C’est très hétéronormé et assez prude. Moi la première fois avec un mec… Ça a été une catastrophe ! Parce que je savais peu de choses sur la pénétration anale. Il faudrait qu’on parle de tout sans discrimination. »

Benoît, 18 ans, en couple à distance depuis quelques mois

Son éducation sexuelle, Benoît l’a faite sur Internet. À 13 ans, il découvre la pornographie avec des vidéos de strip-tease : « Je regardais ça sans me masturber. Ce n’était pas un plaisir en soi, mais plutôt une découverte excitante d’une forme de sensualité. » Cette première découverte sera suivie d’une autre, celle d’un site de littérature érotique. Les récits détaillés des pratiques BDSM retiennent son attention et nourrissent ses fantasmes : « C’est une forme d’exploration sexuelle qui peut sembler brute mais est encadrée par des règles. Ça m’a appris la désinhibition mais aussi le respect. » Sur ce même site, une partie est réservée à des annonces d’internautes en recherche de partenaires. Âgé de 14 ans seulement, Benoît s’y inscrit et entame une phase d’exhibition après sa phase BDSM : « Je faisais attention à toujours choisir des gens qui vivaient à l’autre bout de la France, et à ne jamais montrer mon visage sur les photos que j’envoyais… » Il ment sur son identité, et plus particulièrement son âge pour entretenir ces correspondances qui lui permettent de développer sa confiance en lui : « Je suis timide, je n’intéresse personne… En ligne, j’ose me raconter et me montrer. Ça m’a rassuré sur ma personnalité et mon image. » À 16 ans, après une période de recherches sur le libertinage, il tombe sur le site Omegle, une messagerie instantanée qui met en relation deux internautes connectés au hasard. Il y explore les tags sexe mais aussi gay et bisexuel : « Depuis quelques mois, j’assume ces orientations qui font partie de moi. » Son exploration commence à lui prendre du temps. Il se connecte un soir sur deux sur le site pendant les premiers mois : « Dès 14 ans, j’ai compris que j’avais une libido très développée. J’avais besoin de me masturber trois fois par jour et il faut le dire, à la longue… Ça devient chiant de le faire toujours de la même façon. Mes errances en ligne ont comblé ça, elles m’ont apporté de nouvelles sources et de nouvelles idées. » À 18 ans, Benoît est lassé par la virtualité de ses échanges sexuels. Il passe une annonce pour satisfaire le fantasme du jeune puceau partagé par de nombreux candaulistes, qui prennent plaisir à voir leur partenaire avoir une relation sexuelle avec une autre personne : « Une femme mature, mariée, m’a répondue. On s’est retrouvés dans un hôtel, et j’ai eu ma première relation sexuelle. Malgré ce contexte, qui peut sembler artificiel, j’ai vraiment aimé ce que j’ai vécu. » Aujourd’hui, il est en couple à distance avec une fille de son âge, également rencontrée en ligne : « Je ne cherche pas toujours du sexe. Cette fois, il y a un feeling. » Ils prévoient de se rencontrer physiquement avant la fin de l’année, ce qui angoisse un peu Benoît : « J’ai été honnête avec elle, mais je me sens si bien en ligne, à jouer avec les mots et les scénarios… J’ai peur que la réalité soit décevante. » Benoît a repoussé les limites de son imagination et de son audace en ligne, se formant à des pratiques que sa vie quotidienne ne l’aurait pas forcément amené à connaître. Grâce à Internet il se sent mieux informé sur le sexe et sur lui-même sans que cela ne l’ait transformé en un pervers à la sexualité déviante, comme on peut l’entendre : « Ça m’a décomplexé, au point que j’envisage de rencontrer une fille. Ça peut paraître bête mais ça n’avait rien d’évident pour moi. »

Solène, 31 ans, en couple depuis 7 ans

C’est suite à une période qui n’avait rien d’évident que Solène fait évoluer son couple. En 2010 elle rencontre l’homme qui deviendra son mari 5 ans plus tard. Ensemble, ils mettent très vite en route un premier enfant qui naîtra environ un an après leur rencontre : « L’accouchement a été difficile, on m’a imposé la péridurale et le déclenchement du travail. J’étais spectatrice ! » L’année suivante, elle lance son entreprise et un deuxième enfant, qui ne verra jamais le jour : « J’ai fait une fausse couche. Ça m’a plongée dans une période assez sombre. Je me sentais en échec en tant que femme, malgré mon couple, mon enfant et mon entreprise. » Solène ressent alors le besoin de reprendre du contrôle sur sa sexualité : « J’avais besoin de me sentir en tant que femme, pas en tant que partenaire, que mère, que cheffe. J’avais besoin d’être désirée. » Elle observe qu’elle a parfois des crushes sur d’autres personnes que son compagnon sans que cela ne remette en question ses sentiments pour le père de son enfant. Après une période de culpabilité vis-à-vis d’une norme monogame internalisée, elle ose en parler avec son conjoint : « Je lui ai expliqué qu’il était et qu’il resterait mon pilier, mais que j’avais besoin de liberté. Que je ne pouvais pas renoncer à m’enrichir de nouvelles rencontres, sans que ça ne remette en jeu notre sécurité affective à nous. » Son partenaire comprend et accepte qu’elle pratique le poly-amour, un modèle qu’il adopte lui-même par la suite : « Ça nous a détendu, épanoui, ça nous a libéré de cette pression à toujours satisfaire tous les besoins de l’autre… » Solène fait une pause dans ses relations à l’arrivée de son deuxième enfant, qui l’amène à se recentrer sur leur cellule familiale, avant de retourner naturellement à ce mode de vie : « Mon mari a été muté à 300km, où il passe la semaine pour le travail avant de nous rejoindre le week-end. Ça a accéléré notre pratique, lui aussi a multiplié les relations. » Comme Lise au début de cet article, Solène place la communication non-violente au cœur de ce mode relationnel : « Ça demande d’avoir confiance en l’autre, et donc en soi. Parfois ça ne va pas, il faut savoir se le dire et accepter de ralentir, de se recentrer. Le poly-amour a renforcé nos sentiments, on est plus épanouis à titre individuel et ça se ressent dans notre couple. » Mais comment gère-t-on ce modèle auprès de ses enfants ? « On répondra à leurs questions quand ils en auront. On ne veut pas leur imposer une discussion qu’ils ne recherchent pas pour l’instant. Ils voient que leurs parents sont heureux et ils seront libres d’opter pour ce modèle comme pour n’importe quel autre plus tard. » Solène ne fait pas l’apologie du poly-amour. Si ce modèle lui convient à elle et son conjoint, elle n’en fait pas une généralité, ni une prétention : « Je ne veux pas faire l’apologie du poly-amour, ça ne va pas à tout le monde. J’aimerais juste que les gens connaissent l’ensemble des modèles qui sont possibles, et qu’ils choisissent, plus qu’ils ne subissent par défaut, ce qui leur convient le mieux. » On appelle ça la bienveillance…


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