Les faits se sont produits lundi 12 juin en début de soirée. Aux alentours de 19h, un couple de cygnes et leur portée de cygneaux se promenaient agréablement sous le soleil. Des passants distribuaient quelques bouchées de pain et des morceaux de pomme, de quoi satisfaire le régime des petits (en fait non, on vous explique pourquoi).

18h45 – Arrive fièrement Églantine et Louis de l’Isle (LDI pour les intimes) qui commencent la quête de nourriture avec une certaine arrogance innocente. Arrogance caractéristique de ces animaux gonflés dans la noblesse et l’innocence que les Hommes leur attribue. Telles les grenouilles qui se veulent plus gros que les bœufs ou les gros poissons dans leurs petites mares (t’as capté la référence culturelle jeunot ?), la famille de cygnes longe les quais avec une agressivité détachée vis-à-vis de leurs bienfaiteurs. Nul ne pouvait deviner le drame qui se préparait.

19h – Au tournant de la rive, entre le pont Royal, les quais Saint-Etienne et Bateliers, un sordide élément perturbateur s’approchait. Alors que la jeunesse humaine buvait des canettes en écoutant de la musique, caché fourbement de la vue de notre petite équipe grâce au bord du quai, un autre cygne mâle cherchait une victime. Ce loubard des rivières nommé Séraphin savait qu’il était en territoire inconnu. C’était justement ce qu’il cherchait. Il était d’humeur provocatrice et sanguine. Sa compagne, Ange, l’avait largué la semaine dernière et depuis il se noyait dans l’alcool qui trainait. Il était à cran.

Un oiseau de mauvais augure

19h13 – C’est en face du Rafiot que se fit le premier contact visuel. Les yeux dans les yeux. Seraphin et Louis de l’Isle s’observait. Quelques noms d’oiseaux sont lancés, la parade commençait. Les ailes et les cous recroquevillés, les deux cygnes s’écartèrent d’Eglantine et des petits.  Au plein milieu de l’étendue d’eau, là où le Canal des Faux Remparts vient se jeter dans l’Ill, après s’être tourné autour comme les flux des courants aquatiques, ils se jetèrent l’un sur l’autre. Le duel fût féroce, sauvage, puissant et impitoyable. La loi de la jungle dans toute sa beauté chaotique. Louis de l’Isle se battait avec une résilience à toute épreuve face à la bestialité crue des attaques de Séraphin. Les deux rivaux enchaînèrent les coups de becs et d’ailes avec des morsures sévères. L’intensité était telle qu’une légère brume apparaissait autour de leur danse martiale, créant une aura divinement éblouissante grâce aux reflets du soleil.

19h25 – La lutte est à son paroxysme. Les cous des deux cygnes s’agrippent entre-eux alors qu’ils s’échangent des coups de bec dans le dos, les ailes déployées comme un Dracaufeu préparant Frappe Atlas. Les deux côtés perdent des plumes dans la bataille. Malgré l’assurance, l’énergie de la jeunesse et la force désespérée de défendre sa famille, Louis de l’Isle fléchit. Séraphin fait son nid petit à petit et prend l’avantage dans le combat.

19h34 – Aux yeux effarés des spectateurs sur la rive, une course poursuite cruelle s’entame. Les combattants tracent à la vitesse d’un jet-ski vers l’église Saint-Paul. Le coup de grâce se prépare. Séraphin veut achever son adversaire. Il tente de le couler devant ses enfants. Il se pose au-dessus de Louis de l’Isle et aplatit sa tête sur la sienne pour la plonger dans l’eau. Digne du waterboarding des services secrets américains.

19h45 – Là, un miracle survient. Un pêcheur hirsute au t-shirt HardRockCafé tente de les séparer. Après un premier échec au niveau du pont de gallia, il réussit enfin à attraper le long cou blanc de Louis de l’Isle pour le tirer vers la pelouse et chasser Séraphin. Eglantine heureusement s’échappe avec la flopée de poussins, traumatisés par leur première expérience de la vie d’adulte. Reste Louis, blessé, humilié, mais en vie sur la rive à menacer faiblement les passants. Au moins, son « chant du cygne » ne sera pas pour aujourd’hui.

Pour Séraphin, le vilain petit canard reste vilain.

La brigade d’intervention des quais des Bateliers recherche activement Séraphin, qui rode toujours. Si vous voyez un cygne correspondant à la photo ci-dessous, n’hésitez pas à les contacter. L’Histoire seule dira si le couple a pu se retrouver, mais il paraît qu’il battait déjà de l’aile.

Le sauveur, Jimmy, est reparti à son activité de pêche (rassurez-vous il relâche les poissons) après un débat avec quelques riverains. Fallait-il sauver Louis de l’Isle ou laisser agir les voies impénétrables de la nature et du règne animal ? La question est posée.

Séraphin toujours recherché

POURQUOI sont-ils si méchants ?

N’oublions pas que les cygnes, souvent introduits artificiellement dans les plans d’eau citadins, sont à l’origine de nombreux traumatismes humains. Vivien, un des fondateurs de Pokaa, et votre serviteur en ont déjà été victime par le passé.

On a voulu savoir d’où venait cette agressivité si caractéristique du Cygne Tuberculé, ou Cygnus olor. Selon Camille Fahrner de la Ligue Pour les Oiseaux (LPO Alsace), c’est caractéristique de la proximité accrue avec les humains et caractéristique de cette période de l’année.

Le fait de nourrir les cygnes quotidiennement font qu’ils s’habituent à la présence de l’homme. « Ils sont imposants quand ils arrivent, les gens s’en méfient et ils prennent leur aise. Ils sont plus agressif parce qu’ils ont moins peur » explique Camille. D’ailleurs, comme pour la plupart des oiseaux…

NE LEUR DONNEZ SURTOUT PAS DE PAIN.

« C’est comme un enfant avec des bonbons. Ça leur coupe l’appétit et ils ne mangent plus les végétaux aquatique qui sont la base de leur alimentation. Pour les petits ça leur fait de grosses carences. Ça peut mener à des maladies du foi car il le digèrent mal, voir malformations osseuses: des « ailes d’ange » qui rebiquent vers le haut et qui font qu’ils ne pourront pas voler. »

La nourriture a sans doute attiré le 3e cygne. L’agressivité entre-eux peut être lié à des raisons territoriales. On est en période d’accouplement, alors le mâle solitaire cherchait peut-être aussi à trouver une dulcinée… au risque de tuer les petits qu’elle aurait déjà. De l’autre côté, la protection des petits et du nid renforce l’agressivité des parents. Cette période mi-mars/mi-août est celle où l’agressivité est au plus haut. Généralement ça se caractérise par des coups de bec pour impressionner et des coups d’aile qui peuvent être bien plus dangereux.

Pour finir, une citation d’un auteur bien plus talentueux que l’humble reporter animalier que je suis:

« Dans un monde où la vie rejoint si bien la vie, où les fleurs dans le lit même du vent se mêlent aux fleurs, où le cygne connaît tous les cygnes, les hommes seuls bâtissent leur solitude. » – Antoine de Saint-Exupéry

C’est beau comme la performance de Nathalie Portman dans Black Swan :'(


Photos: Martin Lelièvre et « Dan Osman »

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Martin Lelievre
Action -> Rédaction --Insérez citation deep ici--

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