L’idée d’une série sur les Églises de Strasbourg est née de mon amour pour les déambulations spontanées dans la ville. On s’est tous vu un dimanche après-midi ou après les cours, partir à la conquête d’une façade qui nous a interpelée, juste pour le plaisir de se promener et d’en découvrir un peu plus. J’ai pour ainsi dire passé la majeure partie de ma scolarité à promener ma curiosité dans les lieux qui m’ont attirée mais surtout dans les lieux les plus communs : les Églises. Elles sont comme des musées, gratuites et accessibles, trônant dans nos villes comme des phares en bord de mer depuis des millénaires…

La première église que j’ai découverte fût celle de Saint-Pierre-le-Vieux, située rue du 22 Novembre et la Grand’Rue. Par le conseil d’un ami, j’y suivais des cours de gospel dans la partie paroissiale. On s’y réunissait tous les vendredis soirs pour unir nos voix, a cappella, en danse, accompagnés d’instruments. Je peux vous assurer une chose : il n’y a rien de plus beau que d’entendre des voix qui se mêlent et qui chantent avec leurs cœurs.

Ce n’est que quelques temps plus tard que je décidai de partir à la conquête des Églises de Strasbourg. Elles y sont nombreuses, hétérogènes mais ont toutes un point commun qui les unit : leur histoire. Ce sont des lieux où l’on se réunit, ou au contraire où l’on vient seul. J’ai apprécié m’y rendre l’été pour la fraîcheur des lieux, ou encore pour m’extasier des reflets des vitraux laissés par les rayons du soleil. Observatrice, je suis très rapidement tombée sous le charme des différentes architectures de celle-ci. Je m’y suis rendu pour réfléchir ou encore pour écrire.

L’église Saint-Pierre-le-Vieux semble être l’une des premières église chrétienne de Strasbourg. Sa première mention publique date de 1130.

D’après la légende, l’église aurait été fondée par Saint Materne en bordure d’une importante voie romaine, la Strata Supérior, appelée notre chère Grand’rue aujourd’hui. La particularité de cette Église est qu’elle est affectée à 2 cultes dans la même bâtisse ! Le coté de la rue du 22 novembre est exclusivement catholique alors que celui du coté de la Grand’Rue est protestant. En fait, elle devient protestante en 1529 et l’église cède son chœur aux catholiques en 1683. C’est Louis XIV qui partagea en 1681 les deux églises en donnant le chœur aux catholiques, laissant la nef aux protestants qui est la paroisse d’aujourd’hui. Merci aux 95 thèses de notre cher Luther ?

C’est d’ailleurs à la fin du XVIe siècle qu’un tiers de la population alsacienne fût protestante, dans les campagnes auprès des agriculteurs, dans la petite et grande bourgeoisie ainsi que dans les milieux industrialisés comme à Mulhouse. Les deux églises paroissiales furent fermées au culte durant la Terreur entre 1793 et 1795. Elles servaient alors de dépôts de viandes pour les troupes, ce qui favorisa la dégradation de l’édifice.

L’aspect architectural de cette église fût pendant longtemps manié et remanié. Bien qu’elle fasse partie de l’une des plus anciennes fondations de la ville, il y a peu de données documentaires concernant l’église à cette époque romane. À l’occasion de fouilles en 1914, on trouva des vestiges de l’église antérieure. On y découvrit des fondations de l’ancien cloître roman qui étaient posées à même un niveau de gravier romain !

En 1912, lors de la création de la rue du 22 Novembre , l’église a dû se voir retirer ses deux travées pour respecter l’alignement de celle-ci, aussi bien que la guerre et les différents choix esthétiques de l’époque privèrent l’église de sa façade pendant presque 10 ans ! Ce n’est qu’en 1920 que les travaux de sa façade originale débutèrent.

Celle-ci est constituée d’un mélange de briques rouges ainsi que de grès des Vosges, petit clin d’œil à la Cathédrale. Tout le décor se concentre sur le portail pour lequel le sculpteur de l’œuvre Notre Dame, Alfred Klem, a reproduit des scènes dans l’esprit médiéval. On qualifierait donc cette église d’un genre hybride, mêlant différentes époques mais fortement influencé par le style néo-gothique. Il suffit d’observer l’église de l’extérieur pour voir les différentes pierres et couleurs qui l’ornent. Elle est comme la créature de Frankenstein, née d’incroyables recompositions, ce qui lui donne aujourd’hui son identité plurielle.

À l’intérieur de l’église (côté catholique) sont exposées des œuvres classées. Celle qui pour moi reste la plus impressionnante est l’Autel du Saint Sacrement. C’est un retable néo-gothique, illustrant des scènes de la vie de la Vierge Marie. Néanmoins cette représentation est une reproduction d’un original conservé bien au chaud. Au cours de la deuxième Guerre mondiale, les trésors artistiques de l’église furent évacués. Toutefois, des pertes furent comptées : une bombe tombée à proximité, rasant les maisons situées du numéro 5 au numéro 7 de la Grand’Rue, souffla également les vitraux gothiques du chœur gothique.

Le côté protestant de l’église, (Grand’Rue) est une paroisse. Son lot d’œuvres historiques y est tout aussi important. On y retrouvera les représentations de la Cène ou de l’Apocalypse (séquence 7, 9-17). Néanmoins, la paroisse d’aujourd’hui ne réunit pas de fidèles pour ses cantiques les dimanches. Elle est plutôt destinée à un partage culturel. Des concerts y sont donnés, des conférences et expositions également. Des cours de chant (gospel) sont délivrés tous les vendredis soirs également. D’ailleurs, en m’y rendant la semaine dernière, j’ai pu y rencontrer Arlette, elle tient un stand qui s’appelle « le point écoute« . C’est un stand qui permet de parler de tout et de rien, sans préjugés. C’est ouvert à tous et c’est gratuit. Vous pourrez la rencontrer de 13h à 16h tous les jeudis jusqu’au 29 avril.


photographies :
– Maria Fernandes

références :
– archi-wiki
– Églises de Strasbourg, Suzanne Braun, 2002

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