Il existe à Strasbourg  un lieu un peu particulier où se rencontrent artistes et public, dans un esprit alternatif et social. Ce lieu, c’est le Syndicat Potentiel. Depuis près de 25 ans au cœur de la Krutenau, il se déplace désormais au Neudorf pour de nouvelles aventures. Une soirée de soutien est organisée le 14 décembre pour l’inauguration de ce nouveau local.

Établissement mouvant, changeant, et foyer chaleureux du milieu de l’art à Strasbourg, le Syndicat Potentiel change d’emplacement. Après de grosses galères l’année dernière (une pétition avait été mise en place pour sauver le lieu) lié au bail non-renouvelé par le propriétaire, et suite à une bataille et une mobilisation féroce, ils ont réussi à gagner un peu de temps pour pouvoir retomber sur leurs pieds. Depuis septembre, un bail a été signé pour un local de 440m² route de Colmar au Neudorf. De quoi soulager un peu les membres de l’association Le Faubourg qui gère le lieu, les artistes qui s’y produisent, ceux qui s’y produiront, et le public.

Syndicat Potentiel à la Krutenau – Crédit: Un peu d’art’gens de passage

Expositions et expérimentations

Cet organisme d’intérêt général a accueilli plus de 300 expositions dans ses locaux, comptant près de 600 artistes et 45 000 visiteurs. Sa force réside notamment dans la diversité de son réseau et de ses nombreux partenariats qui leur permettaient d’étendre la toile des possibles en termes de contenu, d’acteurs, de public et de thématiques. Aujourd’hui, c’est une nouvelle page qui s’écrit. Le 14 décembre ils ouvrent pour la première fois le nouveau lieu au public.

Au programme, entre autres surprises, la présence de l’association de cinéma expérimental Burstscratch. On nous promet un « film sans écran où le spectateur peut se déplacer, s’immerger autour de formes lumineuses », la projection d’un film de 1973 : Line Describing a Cone par Anthony McCALL et un atelier « film sans caméra »… On peut aussi noter qu’il y aura de la bouffe (soupe, légumes et vin chaud, vin bio), un « mini-concert » de Thierry Zookomo et des archives des années précédentes.

Tout reste à inventer

L’ancienne salle de la Krutenau ferme donc ses portes, après une résidence « Art et Territoires » explorant les dimensions et l’urbanisme en associant artistes et chercheurs. C’était le cas de Marianne Villière avec son projet Anti-AntiSite. L’artiste s’est associée avec un architecte suisse et une dramaturge pour créer une page/carte collaborative sur Facebook avec pour objectif de répertorier les changements malveillants de l’espace publique nuisant à la présence de l’homme (à l’instar de douches anti-sdf à Paris qui ont beaucoup fait parler d’elles récemment).

Elle explique la philosophie de ce projet de recherche artistique en citant une de ses influences, l’artiste Gilles Paté : « Il est nécessaire de réinventer une autre conception de l’espace public qui favorise le regroupement et la rencontre des désirs. » A l’opposition d’une partie des « innovations » et politiques architecturales et urbanistiques actuelles qui vont plutôt dans le sens d’empêcher au rassemblement et confort des citoyens et du refuge des sans-abris… « Il n’y a plus de recoins, plus de dossiers, pleins de choses s’effacent pour que la population ne puisse plus stagner dans l’espace public. Celui-ci se lisse, il n’y a plus de prises sur lesquelles on pourrait se raccrocher pour se rencontrer. […] On instrumentalise du culturel pour justifier des antisites. On peut imaginer des statues ou des ornements au volume gênant. Sous des travers d’embellissement, les municipalités proposent des équipements urbains qui sont « design » … mais ne permettent pas de s’asseoir dessus par exemple. »

Un lieu pour les artistes, quel que soit leur situation ou leur parcours

Le Syndicat Potentiel était aussi le lieu d’expérimentation de nombreux étudiants (l’origine du lieu prend racine avec la HEAR, dont les fondateurs sont issus) avec de nombreux workshops et expositions collaboratives avec l’enseignement supérieur. Par exemple, il y a quelques semaines, des étudiants en DEUST Médiations Citoyennes exposaient leur projet « Un peu d’art’gens de passage », une exposition de photographies réalisées par des sans-abris.

« Sans maison mais pas différent de toi, encore moins inférieur. Il a, comme toi, ses joies, ses peines, ses souvenirs, ses envies… il va devenir photographe le temps d’un instant et « se raconter » à travers son cliché », peut-on lire sur leur page facebook. L’objectif était de revaloriser ces personnes marginalisées en tant qu’individus égaux à vous et moi, avec une sensibilité à l’intensité parfois insoupçonnée, alors qu’ils s’effacent dans nos rues ou du moins de nos regards fuyants.

En bref, ce lieu phare de l’art à Strasbourg, accessible à tous, a toujours besoin de votre soutien et vous attend de pied ferme le 14 décembre. Pour en savoir plus et/ou faire un don c’est par ici.


Soirée de soutien au Syndicat Potentiel

Nouveau local du Syndicat Potentiel – 109 avenue de Colmar 67100 Strasbourg

Jeudi 14 décembre 2017 de 18h à 00h

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