Qui ne s’est jamais demandé, en observant les gens passer assis à un café place d’Austerlitz, en se baladant Place Kléber ou Grand’Rue, pourquoi certaines personnes se font tatouer l’intégralité de leur bras, de leur dos, de leur jambe, quelle est l’histoire de leurs tatouages, comment ont-ils passé « le cap de l’aiguille », n’ont-ils aucun regret ? Comment le vivent-elles tous les jours ?

Trois minutes qui pourront répondre à ces questions…

Et pour les plus curieux, on vous a retracé les grandes lignes de ce phénomène de société, le tatouage :

Du corps tatoué d’Ötzi retrouvé conservé dans le glacier du Hauslabjoch aux signes de l’infini tatoués sur le poignet, en passant par le tatouage traditionnel japonais, cet art est multiculturel, mais principalement un marqueur éthique et social.

Avant tout il s’agit d’un art primitif qu’on peut retrouver dans différentes sociétés comme sur les îles Samoa où il est principalement un rite d’initiation obligatoire appelé le pe’a. Au Japon, l’irezumi qui, à la base, est un outil punitif, il devient ornemental au XVIIème siècle avant de finir interdit. De même, en Thaïlande, le yantra est représenté comme un talisman. Au sein des sociétés traditionnelles, où l’éthique prime sur l’esthétique, le tatouage s’inscrit dans une volonté de marquer son inscription au sein d’une communauté en lien avec des dieux, une cosmologie. Il existait aussi des tatouages de stigmatisation qui dégradaient le corps de l’individu autant de fois qu’il avait pu se dégrader à travers sa conduite. D’un autre point de vue, dans la Rome Antique, cette pratique était considérée comme une « marque infamante », une trace d’esclavage.

C’est seulement à partir du XIXème siècle que le tatouage prend une dimension plus artistique et devient multiculturel grâce à la migration des tatoueurs. Jusque dans les années 1980, c’était un art dit underground, associé au rock, au rap ou au punk. Et c’est grâce aux différentes idoles pop tatouées de la tête aux pieds qu’il commence à se démocratiser.

David Le Breton, anthropologue et sociologue, explique : « le tatouage s’est complètement banalisé. On va finir par compter les gens dans la rue qui ne portent plus aucun tatouage ». Il y a une volonté de l’individu de se réapproprier son corps, dans une société de plus en plus individualiste, afin d’attirer l’attention, de se sentir reconnu, vivant, réel. Valérie Rolle, sociologue rattachée à l’Institut des sciences sociales de Lausanne et auteure de l’ouvrage L’art de tatouer, démontre que « d’une part, la pratique va être redéfinie comme une forme d’expression individuelle de soi et non plus comme une forme de marginalisation », comme c’était le cas quelques siècles plus tôt.

De nouveaux lieux et espaces de rencontres, telles que les conventions internationales du tatouage, favorisent la circulation de nouveaux discours et de nouvelles pratiques (améliorations techniques et hygiéniques, motifs tribaux, japonais…).

Ainsi, c’est un véritable engouement qui se fabrique autour de cet art, ce qui profite amplement à la profession : de 15 boutiques ouvertes en 1982, aujourd’hui il y en a plus de 1 500, rien qu’en Métropole. Selon un sondage de l’Ifop, 7 millions de personnes seraient tatouées en France, soit 14% de la population – dont 27% de moins de 35 ans.

Comment pourrait évoluer ce culte de la peau encrée au fil des décennies ? Comment les enfants des personnes tatouées les percevront ? Seront-ils des has been ou redevenus des marginaux ?


Principales sources :

https://www.franceculture.fr/societe/tatouage-lart-dans-la-peau
http://www.lci.fr/conso-argent/le-tatouage-toute-une-histoire-1544821.html


Reportage « Tatoue-moi si tu peux ! »

Réalisé par Lucas Pedraglio (son site web).
Direction : Roxane Dollet et Sarah Renoir.

Un GRAND merci à Monsieur Renard, Sacha Bloch, Asphalt Jungle, Jeannette et les Cycleux, Maxime Vonthron, Djibor Dollet-Karcher, Phil Off, Emanouela Todorova et EVSD, Vide Dressing Géant.

ROXANE DOLLET

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