Leur label manager Adrien Crupel m’avait prévenue : « Bon, le studio est dans une zone industrielle un peu morne et y a des gars qui désossent des bagnoles à côté, c’est un peu bizarre, mais le studio est sympa et les membres du groupe sont vraiment intéressants… Ça te dit ? » Un trou perdu, quatre rockeurs et moi, une petite nana discrète, plus à l’aise dans les bibliothèques silencieuses que les salles de concert bruyantes : si ça me dit ? Bien sûr que oui !

Créé début 2015, le groupe de rock Undervoid (blues rock/hard rock) rassemble quatre alsaciens passionnés du genre ! Avec déjà 3 EP sortis et plus de 70 concerts réalisés en tout juste deux ans, Alex, Arnaud, Bill et Marc électrisent la scène hardcore locale, avec un son de plus en plus brut et un propos de plus en plus incisif servi en langue française, s’il vous plaît. Il ne s’agit pas là de la seule originalité du groupe, qui réunit des membres âgés d’une petite vingtaine d’années, à une bonne trentaine d’années… Comme à notre habitude, on a voulu en savoir plus : comment ces gars d’horizons très différents se sont-ils trouvés, est-ce que l’âge l’emporte parfois dans les débats d’idées et quelle place la scène internationale est-elle prête à accorder à des rockeurs qui chantent en français ? Parcours individuels, développement groupé, rapport à la scène et évolution de leur son : les quatre membres du groupe Undervoid vous disent tout.

De gauche à droite : Alex, Arnaud, Marc et Bill

La première chose qui saute aux yeux quand on vous regarde, c’est la différence : différence d’âge, de style et donc possiblement d’histoires de vie ; comment vous vous êtes trouvés ?

Arnaud : Moi je suis tombé par hasard sur Alex, qui est complètement fou ! [rires] Je me rappelle qu’on s’est bien marrés, et il n’en faut souvent pas plus… Un jour il m’a parlé d’un fêlé qui jouait tout seul dans sa cave, et c’était Marc.

Marc : Ouais, je jouais avec Alex et un jour je l’ai vu avec Arnaud. On a monté ce qui allait devenir Undervoid et on est allés enregistrer un son chez Bill qui a très vite remplacé notre premier bassiste… Ça s’est fait très naturellement tout ça.

Alex : Pour le reste je dirais qu’il n’y a pas d’âge pour la musique. On se retrouve sur le fait qu’on est passionnés de rock et sur notre envie d’en faire en groupe !

Arnaud : Il y a un lien intergénérationnel dans le rock, il y a plein de genres différents, mais il y a une universalité dans ce son. C’est un style fédérateur par nature.

Bill : Et puis, au-delà de cette passion commune, il y a un truc spécial entre nous… On est bien ensemble. C’est précieux. [les autres le sifflent de façon suggestive]

Et quels parcours individuels vous ont permis ces rencontres musicales ?

Arnaud : J’ai toujours touché à la musique sans bagage universitaire, mais je ne pensais pas que je finirais sur la scène, plutôt en coulisses ! À la base je faisais mes trucs dans mon coin parce que je me sentais nul, c’est Alex qui m’a encouragé à oser.

Marc : Comme Arnaud, je n’ai pas de formation musicale, mais je jouais depuis longtemps et j’avais une idée du rock. Je n’avais jamais fait de concert avant, contrairement à Alex par exemple…

Alex :
Oui moi j’ai commencé à jouer en groupe quand j’avais 15 ans donc j’avais déjà fait l’expérience de la scène hardcore locale. Et puis j’ai rencontré Arnaud quand j’étais en terminale et depuis, en parallèle d’Undervoid, j’étudie au conservatoire.

Bill : Et moi j’ai toujours été dans le rock… Je suis passé par plusieurs groupes dans la région et j’ai géré beaucoup d’enregistrements en studio, où je les ai rencontré.

Une fois liés, comment avez-vous développé Undervoid ?

Bill : On a créé le groupe début 2015, on a fait notre premier concert au mois de mars, en toquant aux portes, et puis très vite un label nous a repéré. C’est un gros coup de chance, on a rapidement eu une structure avec nous pour éviter les erreurs.

Marc : Et du coup il y a eu une urgence à enregistrer un premier EP, parce qu’il fallait nous représenter.

Alex : Ce qui était bien, parce que ça nous a fixé un cap, plus qu’un objectif.

Arnaud : Oui, ça nous a construit.

Bill : On a pu définir très tôt et donc très proprement les choses. On ne voulait pas faire un album mais 4 EP de 2, 3, 4 puis 5 titres, ça a été réfléchi et arrêté dès le début. Ça permettait à notre booker de nous trouver des dates rapidement parce que le 2 titres a été fait rapidement, et on pouvait réinvestir ce qu’on touchait dans l’EP suivant.

Parlons de ces EP, justement : vous avez sorti le troisième tout récemment… Et il est bien plus énervé que les précédents dites ! On est passés d’un Noir Désir à un Metallica sans transition, JE N’ÉTAIS PAS PRÊTE.

Marc : [rires] C’est vrai qu’il est plus brut, plus incisif aussi… Je pense que le groupe se cherchait encore sur les deux précédents.

Bill : Oui, le groupe trouve sa personnalité. C’est une évolution naturelle de notre son, de notre manière de faire, du matériel qu’on utilise…

Arnaud : Et de l’édition aussi ! Au départ on se reposait plus sur l’expérience de Bill, et là on se trouve… On fait plus corps ensemble.

Alex : L’EP est quand même rouge sang… Ça annonce la couleur. [rires]

Comment vous appréhendez le retour du public vis-à-vis de ces variations ?

Arnaud : Sans dire « Ça plaît ou ça ne plaît pas » parce que ça manque d’humilité, nous on se demande juste si ça nous plaît à nous. La suite, ça nous dépasse.

Bill : Notre manager Fred nous aide beaucoup, c’est notre premier public. En fait on est 6 dans ce groupe, quatre musiciens, un manager et un public.

Alex : Sur le moment, on essaie d’avoir une écoute relative de nos sons…

Marc : … Et puis la validation finale se fait en live.

La scène, justement, ça se passe comment pour le jeune groupe que vous êtes ?

Alex : Cette année, on a du faire plus d’une trentaine de dates, à raison de trois par mois, environ… À Strasbourg y a une belle scène hardcore avec une bonne entente et un soutien mutuel important. Il y a aussi pas mal de tremplins pour percer.

Marc : On commence même à s’exporter, c’est positif. Après on veut toujours plus ! Mais il y a à peine un an on n’aurait jamais envisagé ça. Dans la région, on a des acteurs indépendants hyper mobilisés, il y a une vraie volonté de s’ouvrir aux jeunes… On nous propose de belles premières parties.

Bill : Il y a des salles qu’on a fait deux fois dans lesquelles on a eu le plaisir de reconnaître des gens. Ça c’est génial, de voir que les gens nous suivent. Sinon comme dit, tout le monde est dans la même galère, alors on s’aide. On a été accueilli au Molodoï, à la Laiterie et deux fois, au MUDD, au Cam, à l’Elastic, au Kawati…

Arnaud : C’est un sacré moteur le public. Musicalement on a encore plein de choses à apprendre, plein de portes à ouvrir, et pourtant des gens sont déjà là ! La scène, c’est mystique.

Bill : Ouais on est en transe. On ne se sent pas bien sans. Ça exige une maîtrise et parfois on joue encore trop fort… [rires] J’adore enregistrer mais ça, c’est vraiment un autre job.

Arnaud : En studio on bosse comme des fous, et en live on pète un câble ! C’est un moteur parce que c’est le but de la démarche en fait : partager.

Vous parlez d’exportation : comment on exporte un groupe de rock qui chante en français ?

Arnaud : On est natifs, c’est notre langue, pourquoi changer ? On faisait des reprises en anglais au début, puis en créant on est retournés au français naturellement.

Bill : Franchement on n’a même pas pensé à l’exportation de notre son. Et puis moi je suis nul en anglais, alors chanter des coeurs avec un accent de merde… Bof ! [rires]

Marc : C’était un choix plus intéressant pour nous, peut-être moins dans les sonorités mais plus dans le sens.

Arnaud : On est à contre-courant, ce n’est pas une volonté mais un fait. Nous tout ce qui nous importe c’est d’être en accord avec nous-même.

Quid du sens, justement : vous vous fixez des limites dans le propos ?

Arnaud : C’est moi qui écris, et puis on arrange tous les quatre. Je suis très inspiré par ce qu’on vit ensemble : je suis marqué par un moment, un mot, et puis je fais des recherches sur la thématique associée. C’est plus une démarche artistique que militante, donc il ne faut pas chercher trop loin non plus.

Dernière question, c’est le moment de se fâcher : parlons d’oseille ! Vous vivez de votre activité ?

Arnaud : On a tout lâché pour se consacrer pleinement à ce projet… Ce sont des choix au quotidien. Pour certains c’est l’enfer, pour nous c’est le paradis.

Marc : On ne se plaint pas, personne n’est à la rue. On fait de la musique et on en vit chichement… Ça fait partie du deal, on le vit bien !

Bill : Y a ceux qui ont le RSA, ceux qui ont un petit job et ceux qui ont une bourse… C’est un choix de vie. On est tous les quatre dans une période de nos vies qui le permet.

Alex : Oui, il y a un contexte.

Arnaud : On mise tout sur Undervoid… L’argent qu’on rentre avec le groupe retourne aux projets du groupe. On fait ce qu’on a envie de faire, c’est ça le salaire !


Marc : C’était cool comme interview, ça change du traditionnel : pourquoi Undervoid ?

AUCUN RAPPORT : pourquoi Undervoid ?


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